Lorsque l'on enseigne l'anglais au niveau secondaire, il y a souvent une certaine tension qui existe entre la théorie et la pratique. Lorsqu'ils sont plus jeunes, alors qu'ils découvrent le plaisir de lire, les élèves sont stimulés et captivés par les histoires. Toutefois, y a-t-il un danger que les élèves d'école secondaire pensent à autre chose lorsqu'on leur enseigne les aspects théoriques de la langue anglaise, comme l'ironie, la métaphore, le symbole et le thème?
« Ce que j'ai découvert », raconte Terence Young, qui enseigne l'anglais, la littérature anglaise et la création littéraire aux élèves de 10e à la 12e année à la St. Michaels University School à Victoria (Colombie-Britannique), « c'est que les élèves aimaient vraiment rédiger leur propre texte. Ils étaient des plus heureux lorsqu'ils remettaient un poème ou une courte histoire, ou encore une forme quelconque de création à laquelle ils s'étaient adonnés ».
« Ce que les jeunes ont produit m'a complètement renversé », se rappelle M. Young. « Ce qui m'a totalement surpris, c'était l'intensité de leurs sentiments et leur maniement de la langue ». Convaincu de l'importance de sa découverte, il avait décidé de lancer, en compagnie d'un collègue, une revue littéraire qui met en vedette de jeunes écrivains de partout au pays et même du monde entier. En frappant aux portes de l'industrie privée, ils réussirent à obtenir des fonds suffisants pour lancer The Claremont Review, nom de l'ancienne école de M. Young.
The Claremont Review organise chaque année un concours d'écriture, invitant les jeunes écrivains à présenter des histoires et à se mériter ainsi la chance de remporter des prix en espèces. Les pages couvertures sont également conçues par des élèves qui présentent leurs idées. On retrouve, sur le site Web de la revue, des ressources en matière d'enseignement à l'intention du personnel scolaire, qui offrent du soutien relativement aux cours de création littéraire. Au fil des ans, deux textes présentés par des élèves et publiés dans la revue ont été présélectionnés en vue de l'attribution du Prix Journey, le prix le plus prestigieux au Canada pour la meilleure nouvelle. L'auteur de l'un de ces textes était Nick Melling, 16 ans, qui était alors l'un des élèves inscrits au tout premier cours de création littéraire offert par M. Young à la St. Michaels University School. Nick est la plus jeune personne à obtenir une nomination pour remporter ce prix depuis qu'il existe.
Alors, quel est le secret pour inspirer les adolescents et les pousser à écrire en puisant dans leur âme? La réponse provient en partie de l'exposition des jeunes à des écrivains et des rédacteurs professionnels qui viennent rencontrer les élèves de M. Young en classe. M. Young est lui-même écrivain dont les œuvres ont été publiées, qui a été présélectionné en vue de l'attribution du Prix littéraire du Gouverneur général et qui a remporté un prix de la Ville de Victoria pour l'un de ses ouvrages. Il parle donc en connaissance de cause et met en pratique, en classe, ses propres aptitudes pour l'écriture. « Je pense, dit-il, que ce que je fais, ce n'est pas vraiment enseigner mais plutôt servir tout simplement d'exemple à de mes élèves. Je crois que les élèves sont d'excellents imitateurs. Si vous leur dites : voici un bon exemple de prose ou de poésie, souvent ils vous répondront simplement : ' Pourquoi ne me l'avez-vous pas dit avant? Moi aussi je peux en faire autant. ' En enseignant la création littéraire, j'ai appris que le meilleur enseignant, c'est le poète lui-même ou le poème. »
Parmi les exemples qu'offre M. Young, mentionnons notamment le poème de Robert Pinsky intitulé « The Shirt » ou celui de Wallace Steven intitulé « 13 Ways of Looking at a BlackBird ». Comme tout bon ouvrage, les œuvres servent d'exemples, mais ils gardent leur secret de créativité. « Si vous donnez ce genre d'ouvrage aux élèves et leur dites : eh bien, voici une œuvre de Robert Pinsky; il vous offre un simple instant dans sa vie. Et vous, avez-vous quelque chose à offrir? Dites-le nous! » Les élèves s'en vont, chacun de leur côté, puis reviennent avec quelque chose que M. Young considère comme étant « tout simplement stupéfiant, convainquant, puissant et authentique ».