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Prix du Premier ministre pour l'excellence dans 
l'enseignement

Karen Slevinsky


Karen Slevinsky a recours à une grande variété d'objets et d'expériences pour intégrer les sciences et les mathématiques et donner un cours vivant à ses élèves de l'école secondaire Jasper Place d'Edmonton, en Alberta. Elle y réussit fort bien puisque les taux d'inscription à son cours et de rétention scolaire sont élèves, alors que le taux d'absentéisme est faible.

Ses élèves obtiennent des résultats supérieurs à la moyenne provinciale; les notes A sont en général de 8 p. 100 plus élevées, et de 30 p. 100 plus élevées pour ceux qui préparent le baccalauréat international (BI). Le BI est un programme d'études rigoureux donné pendant les deux dernières années du secondaire. Les élèves qui réussissent peuvent présenter une demande d'inscription auprès des universités de plus de 70 pays. Karen a également mis au point un programme d'encadrement pour ses élèves du BI et les forme en vue de concours et d'examens en sciences.

Méthode d'enseignement

« Les élèves veulent être aimés, respectés et écoutés. Ce qu'ils nous disent, c'est "enseignez-moi, montrez-moi, faites-moi confiance". »

Il faut que nous préparions nos élèves à se lancer dans un monde façonné par la technologie. Heureusement, les jeunes aiment acquérir des connaissances scientifiques qu'ils pourront manifestement mettre en pratique plus tard. J'essaie de réunir en moi toutes les caractéristiques que j'ai appréciées chez mes professeurs. Je veux que mes élèves possèdent une méthode de travail. Je les habitue à faire des devoirs jusqu'à ce qu'ils prennent le pli, l'habitude d'étudier. Je veux introduire une lueur d'espoir dans leur vie d'élève.

Mon enseignement repose sur l'expérience. Je profite de toutes les occasions qu'offre le programme pour demander à mes élèves d'observer, de disséquer, de mesurer, de décrire et de mener des expériences avec des spécimens biologiques. La biologie est un sujet qui m'intéresse personnellement, mais je suis consciente que tout le monde ne partage pas forcement ma passion. Je travaille donc d'arrache-pied pour rendre les sujets intéressants pour tous les élèves et pour leur montrer en quoi l'étude des sciences peut les aider dans n'importe quel domaine. Par exemple, je discute de la façon dont les sensibilités biologiques de différentes personnes influent sur la perception qu'elles ont des couleurs. Les élèves qui envisagent une carrière de stylistes dans le milieu de la mode ou de décorateurs d'intérieur trouvent cette discussion utile. Je les encourage également à étudier les sciences pour qu'ils puissent comprendre les problèmes politiques lies aux sciences et à la technologie.




Expérience pratique

J'ai trouve très utile de considérer ma classe comme un groupe de personnes qui se soucient les unes des autres. Je tourne à mon avantage l'opinion de certaines personnes qui se plaignent de l'enseignement et disent que les élèves ne fréquentent l'école que pour se rencontrer. Lors du premier cours, je demande à chaque élève d'échanger son numéro de téléphone avec deux autres élèves et je les invite à se sentir responsables d'eux.

Je prévois également en classe une pause-conversation de 5 min pendant mes cours de 80 min. Les élèves peuvent ainsi se détendre et parler de sujets qui les intéressent. Dans une classe, j'ai même transformé cette pause en 5 min de blagues. Au travail, les gens aiment prendre un café et bavarder avant de s'attaquer aux choses sérieuses. Les jeunes sont eux aussi des êtres humains, et il ne faut pas l'oublier.

Je dis à mes élèves qu'ils devraient être au courant de l'absence de leurs camarades et connaître la raison de cette absence, de sorte qu'ils puissent prendre des notes pour les cours manques. Si un élève est absent, parfois, nous essayons de deviner où il peut être — ne serait-il pas à la cafeteria? — et allons vérifier. Les élèves se rendent compte que je ne badine pas avec l'école buissonnière.

Mes élèves savent qu'ils sont personnellement responsables de leur apprentissage. Je jette un coup d'œil sur leurs notes, je leur apprends à étudier et je m'assure qu'ils savent bien quelles pages du livre sont à réviser. Mais je ne les laisse pas rejeter sur moi la responsabilité de leurs mauvaises notes. S'ils n'ont pas fait leur devoir parce qu'ils n'y comprenaient rien, je leur fait remarquer qu'ils auraient du venir me voir et me poser des questions plutôt que de ne pas faire leur devoir du tout. Je suis à la disposition des élèves pendant l'heure du déjeuner ainsi qu'avant et après les cours. Je n'accepte pas les devoirs remis en retard.

Ces méthodes réduisent l'absentéisme et le nombre d'élèves qui se rendent en classe non préparés, ce qui diminue le décrochage. Les jeunes viennent, restent et, en prime, ils apprennent.

J'utilise toujours des accessoires pour enseigner. Mon coffre aux trésors renferme, entre autres, d'épaisses lunettes concaves planaires, un document vidéo de 10 min sur une opération chirurgicale en vue de remplacer les lentilles, et des modèles de toutes sortes de choses, allant du corps humain jusqu'à l'intérieur d'une artère sclérosée. Dans mes cours, les élèves apprennent le principe de fonctionnement des lunettes en les manipulant ainsi que la théorie des lentilles dans le contexte de nouveautés comme la chirurgie oculaire correctrice.

Parfois, les élèves apportent certains de ces accessoires, mais il m'arrive également d'en acheter en payant de ma poche ou avec les fonds de l'école. Je fabrique certains objets à partir de matériaux peu onéreux. J'ai ainsi créé un mécanisme qui reproduit la contraction musculaire à partir d'un rouleau de papier hygiénique et de quelques brins de paille. Souvent, j'utilise des choses qui m'appartiennent, comme un bijou, ce qui aide les élèves à faire le lien entre la science et leur vie de tous les jours. Je garde la plupart de ces choses à l'école plutôt qu'à la maison. J'ai donc toujours un objet sous la main pour stimuler une discussion ou répondre à une question.

Ma philosophie est la suivante : si les élèves s'intéressent à la biologie, c'est parfait, mais s'ils viennent uniquement en classe parce qu'ils y sont contraints, ils seront moins tentés de sécher les cours s'ils ont une autre raison de ne pas être absent (comme le souci de l'autre). Je suis stricte et exigeante. Et le fait de prévoir des pauses et de donner une note humoristique à mes cours ne me nuit en rien. J'essaie de créer une atmosphère détendue que les élèves apprécient.