Rodger Dusky
Rodger Dusky est professeur de chimie à l'école secondaire London Central de London, en Ontario. Il a mis sur pied une unité de formation autodidacte (UFA) qui met les élèves en relation avec la communauté scientifique et leur permet d'acquérir des connaissances ainsi que d'effectuer des travaux pratiques dans le domaine. L'UFA est devenue un modèle dont s'inspirent les programmes de cours similaires de niveau supérieur et de cours préuniversitaire de l'Ontario (CPO) de toute l'école.
Rodger est un adepte de l'autoapprentissage. C'est pourquoi, avec l'aide de ses collègues, il a dressé une liste des aptitudes à l'autoapprentissage que les élèves doivent acquérir au cours de leur transition et des années de spécialisation du secondaire.
Rodger a également établi un programme d'enseignement coopératif des sciences en septembre 1993. Ce programme, qui comptait 18 élèves et 60 membres de la communauté scientifique au départ, a vu ces nombres doubler au cours de l'année suivante.
Méthode d'enseignement
« Accepter les élèves avec leur bagage actuel et les aider à se surpasser. »
En classe, je mets l'accent sur l'acquisition d'aptitudes à l'autoapprentissage plutôt que sur l'enseignement d'une matière. Mes idées pédagogiques modifient l'essence même de l'enseignement pour en faire un processus dont le but est de favoriser l'apprentissage permanent et l'acquisition de connaissances, d'aptitudes et d'attitudes grâce auxquelles les jeunes pourront à la fois tirer plaisir des choses permanentes et des changements auxquels ils devront faire face tout au long de leur vie.
Je veux que mes élèves accordent une place importante aux sciences, ce qu'ils ne manquent pas de faire lorsqu'ils travaillent avec de « véritables » scientifiques. Ceux qui travaillent et qui apprennent sous la direction d'un scientifique de la collectivité et qui sont capables de réfléchir par eux-mêmes seront en mesure de prendre des décisions éclairées sur leur avenir.
Expérience pratique
L'unité de formation autodidacte que j'ai mise sur pied pour le cours de chimie occupe environ 13 des 88 périodes de cours de l'année (c'est-à-dire environ 15 p. 100 du temps) et représente quelque 15 p. 100 de la note finale. Le produit final peut prendre la forme d'un rapport scientifique de 2 000 mots accompagné d'un exposé oral sur un sujet choisi par l'élève et approuvé par le professeur.
Mon travail initial en établissant ce programme était de trouver et d'encourager des spécialistes de la collectivité qui étaient disposés à participer à un programme scientifique au niveau secondaire. Une fois que j'ai établi un noyau de personnes-ressources, les contacts personnels des membres de la collectivité et des élèves eux-mêmes ont permis d'élargir rapidement la base de ressources.
Les spécialistes recrutés constituent la pierre angulaire du succès du programme. Ils constituent une ressource précieuse pour moi et font office de mentors pour les élèves avec lesquels ils travaillent. Mon rôle en tant qu'enseignant consiste à appuyer et à diriger mes élèves dans le processus et les phases productives du projet. La relation d'interdépendance qui s'établit entre les élèves, le professeur et le spécialiste fait en sorte que les jeunes ne sont pas isolés.
En classe, le volet théorique du programme est consacré à diverses activités : des exposés du professeur devant la classe, une rencontre personnelle avec chaque élève, des exposes oraux, et une période d'évaluation des exposés oraux par les condisciples et le professeur.
Au cours de l'année, les élèves mettent en pratique et améliorent leurs capacités d'autoapprentissage. Ils doivent entre autres résoudre des problèmes et prendre des décisions, choisir et se procurer des ressources matérielles, travailler avec des spécialistes de la collectivité, rédiger des notes utiles, structurer et synthétiser l'information, communiquer leurs connaissances, gérer leur temps et évaluer les résultats.
Il est important de présenter l'unité au début de l'année scolaire et d'énoncer clairement les attentes à l'égard du projet. La plupart des élèves hésitent lorsqu'il s'agit de cerner leur sujet de recherche. Ils peuvent toutefois résoudre le problème en rencontrant le professeur et en communiquant avec des professionnels de la collectivité. Les rencontres entre les élèves et le professeur assurent également qu'une relation de mentor est établie avec une personne ressource de la collectivité et que les délais de la phase pratique du projet sont respectés.
À la fin de l'unité, un condisciple doit réviser le rapport et vérifier s'il respecte les critères d'évaluation établis. Le mentor devrait ensuite valider le contenu scientifique du document. J'évalue ce dernier selon la présentation, la cohérence ainsi que la clarté de l'information et des résultats qui y figurent. Le produit final et les diverses étapes du processus constituent chacun la moitié de la note finale. L'évaluation du document final par des condisciples, le mentor et le professeur apporte une évaluation équilibrée et permet à l'élève de comprendre les étapes menant à la publication d'un article scientifique.
L'école est située dans une région qui est un véritable réservoir de scientifiques prêts à appuyer les programmes d'autoapprentissage d'élèves des classes supérieures et à y participer. Dans les petites collectivités, les bonnes relations entre le mentor et l'élève sont peut-être plus difficiles à établir. Les professeurs et les élèves avertis peuvent toutefois faire appel à l'Internet et trouver l'information ainsi que l'appui nécessaire aux projets d'autoapprentissage.