Enseignants à l'École Saint-Pie-X de Gatineau, au Québec, Diane Maillet et Louis Gagnon ont créé un milieu d'apprentissage qui pour certains s'apparente au « paradis sur terre » alors que d'autres y voient plutôt un zoo. La salle de classe, remplie d'animaux et de plantes, est un endroit où les élèves de tous les niveaux apprennent à aimer les sciences. Le groupe qui travaille sous la gouverne de ces deux enseignants est composé d'élèves qui suivent le programme régulier et d'élèves ayant de sérieux problèmes d'apprentissage.
« Mes deux années dans la classe de Diane et de Louis m'ont aidé à acquérir de l'autonomie et à murir. J'ai y ai appris à me respecter et à travailler en équipe. J'ai pris confiance en moi et je suis maintenant prêt pour l'école secondaire normale », explique l'un de leurs élèves.
En fait, les jeunes sont si stimulés qu'ils restent à l'école après les heures de cours. Ceux qui ont des difficultés d'apprentissage prennent maintenant part au programme régulier et l'école a adopté le modèle d'enseignement dans d'autres disciplines.
« Il ne faut pas hésiter à transformer sa classe en un milieu d'expérience et de vie. »
Nous avons transformé le milieu d'apprentissage traditionnel en un milieu qui correspond davantage au mode de développement des jeunes. Nous avons démoli un mur entre deux classes adjacentes pour créer une seule classe remplie d'arbres, de plantes de différentes espèces, de serpents et d'animaux. Les jeunes s'y intéressent et apprennent avec l'aide de leurs professeurs.
C'est dans ce milieu qu'évoluent les élèves. Tous les éléments qu'il renferme leur permettent de réfléchir, de comprendre, de mesurer, de surveiller, de formuler des hypothèses, d'expérimenter et de découvrir la réalité. Les élèves se livrent à ces activités quotidiennement. Ils se posent des questions auxquelles ils répondent à la suite d'un cheminement logique; ce ne sont pas des réactions subjectives, mais des réponses scientifiques valables.
Les élèves du programme régulier et les élèves en récupération travaillent en équipe et apprennent à apprécier leurs qualités mutuelles, à s'encourager et à formuler des commentaires constructifs. Les projets donnent à chacun la chance de s'illustrer. Une activité peut faire appel à la dextérité, tandis qu'une autre peut exiger des aptitudes linguistiques. Chaque élève est évalué individuellement selon son niveau.
Dans certaines écoles primaires, les professeurs ne peuvent enseigner en équipes et ne disposent pas de l'infrastructure, du matériel ou des ressources nécessaires. Néanmoins, la plupart de nos méthodes peuvent également s'appliquer aux enseignants qui ne jouissent pas des mêmes ressources que nous. En classe, il est toujours possible de prendre soin de plantes, d'arbustes et de petites créatures comme les têtards et les poissons.
Les élèves apportent parfois des choses de chez eux. En fait, c'est de cette façon qu'a commencé notre programme. Un élève a apporté une tortue. Nous avons fabriqué un petit aquarium. Puis, plusieurs jeunes ont apporté des lapins, et le Musée canadien de la nature nous a prêté un serpent. Nous devions donc avoir des souris pour nourrir le reptile. La ménagerie s'est agrandie, et nous avons maintenant une perruche, des chinchillas, d'autres animaux et des plantes.
Tous les jours, chacun prend quelques minutes pour s'occuper des plantes et des animaux. L'été, les élèves apportent la plupart des animaux chez eux. Diane se charge des oiseaux et des plantes, et Louis s'occupe des serpents car ces derniers exigent des soins spéciaux.
Les jeunes recueillent quotidiennement des données sur un aspect quelconque de leur environnement. Ils travaillent en équipes de 3 ou 4 et étudient un sujet pendant 2 semaines. Après cette période, ils sont des « spécialistes » et chaque groupe remet un rapport écrit et présente un exposé à la classe.
Par exemple, les « herpétologistes » recueillent des données afin de comparer les habitudes alimentaires de nos trois serpents par rapport à la mue de la peau. Les élèves établissent des graphiques, analysent les données obtenues et en tirent des conclusions.
Ce qu'il faut souligner, c'est que toutes les questions et tous les sujets à l'étude sont choisis par les élèves.
Au début, nous avons payé le matériel de notre poche. Après la 1re année, toutefois, le ministère de l'Éducation du Québec nous a octroyé 3 000 $ dans le cadre d'une initiative de prévention du décrochage scolaire. Par la suite, le financement a augmenté, pour atteindre 10 000 $, car notre programme avait pris de l'essor, et 2 autres enseignants de l'école avaient emboîté le pas. Il est possible que certains de vos collègues soient réticents au début. L'enseignement en équipe pourrait les obliger à réaménager leur emploi du temps afin de répondre à vos besoins. Et il est difficile pour un suppléant de vous remplacer. Mais par sa nature même, l'enseignement en équipe permet de surmonter ces obstacles. Nous nous aidons mutuellement. Lorsque l'un de nous revient aux anciennes méthodes pédagogiques, l'autre encourage l'innovation. Nous avons également constaté qu'une équipe mixte était préférable, surtout pour les élèves en récupération qui peuvent chercher un père ou une mère auquel s'accrocher.
Au bout du compte, tous nos projets sont destinés à montrer aux élèves comment apprendre. Une fois qu'ils auront établi leur mode d'apprentissage, ils pourront prendre en main leur propre apprentissage jusqu'à la fin de leurs jours.