Avec très peu d'argent, Jeanne Hetherington a mis sur pied des unités d'enseignement sur le phénomène des bulles, la chromatographie, les études du milieu et la conception de structures, sujets qui débordent tous le programme de sciences des écoles primaires de l'Alberta. Son initiative a porté fruit puisque ses élèves ont obtenu des résultats bien supérieurs aux normes du district aux tests de connaissances.
Jeanne ne manque pas d'imagination car elle a également conçu un programme de mentorat en collaboration avec des scientifiques d'organismes comme l'University of Alberta, l'hôpital universitaire et le musée provincial de l'Alberta. Elle a également encouragé les filles à acquérir la bosse des sciences et des mathématiques en travaillant avec l'Alberta Association for Women in Science. Jeanne anime de nombreuses séances en milieu de travail destinées à ses collègues de toute la province; en 1993, elle a coprésidé le congrès du conseil des sciences de l'Alberta Teachers' Association. Jeanne a également travaillé auprès du ministère de l'Éducation de l'Alberta à l'élaboration du nouveau programme de sciences qui entre en vigueur cette année dans toute la province.
« L'enseignement, c'est pour moi une véritable vocation. »
Deux grands objectifs pédagogiques orientent mon enseignement. D'abord, je veux intégrer les sciences et les autres activités scolaires en faisant, par exemple, un lien entre les romans policiers et les énigmes du cours d'anglais et l'étude des empreintes digitales, la chromatographie et les empreintes de pieds de la médecine légale.
Ensuite, mon enseignement repose sur le constat selon lequel les sciences sont omniprésentes — elles font partie intégrante de notre vie. Pour amener les élèves à ce constat, il faut créer un climat propice, ouvert, ou chacun se sent libre de poser ses questions. Chaque élève arrive en c1asse avec un bagage important. Les jeunes débordent d'énergie. Il suffit pour s'en convaincre d'éveiller leur curiosité.
Pour réussir, les unités d'enseignement doivent utiliser efficacement toutes les ressources disponibles.
Dans le cas des bulles, par exemple, le phénomène peut être étudié n'importe où. Il est facile de faire des bulles — un peu de savon à vaisselle dans de l'eau, et le tour est joué! Elles offrent cependant des possibilités infinies à 1'étude des mathématiques, à l'apprentissage du vocabulaire et à l'acquisition des aptitudes scientifiques.
Mon programme d'étude du phénomène des bulles peut s'appliquer aux élèves de tous les niveaux de l'école York. Je commence par une séance de formation interne où je montre à mes collègues comment faire participer les élèves à la préparation de l'expérience. Je leur explique les principes techniques, graphiques, géométriques et scientifiques, entre autres la mécanique du vol de Bernoulli.
Tous les élèves participent à des expériences en vue de concevoir, de créer et de mettre à l'essai des « machines à bulles ». Ils produisent une multitude de modèles à l'aide de toutes sortes de matériaux et de mécanismes afin de créer le courant d'air nécessaire à la production de bulles. Ainsi, par le passé, certains ont fabriqué des « éoliennes » mécaniques; d'autres ont fait des bulles en tenant l'appareil au-dessus d'un conduit de chauffage. Des groupes d'élèves appliquent les principes d'aérodynamique de Bernoulli afin de faire une course à obstacles de bulles. Les élèves plus âgés calculent le volume d'une bulle à l'aide de formules.
J'ai également conçu une unité qui utilise un matériel que l'on retrouve partout : les déchets. L'école a lancé son programme d'études du milieu en 1990-1991, lorsque la ville d'Edmonton a adopté son programme de collecte sélective. Les élèves des 2e, 3e et 4e années étudient la biodégradabilité du matériel, représentent graphiquement les résultats et s'en inspirent pour formuler des recommandations sur la réduction des déchets. L'école a d'ailleurs donné suite à certaines de ces recommandations.
Chaque unité d'enseignement devrait prévoir une période de « temps libre » qui permet aux élèves de formuler des questions et de faire leurs propres essais. Je peux les aider au besoin, mais je ne m'impose pas. Ainsi, lorsque les élèves ont appris comment évaluer la teneur en vitamine C des aliments, ils ont apporté leur propre échantillon d'aliments et de vitamines parce qu'ils voulaient savoir s'il y avait véritablement des vitamines dans les céréales « enrichies de vitamines » ou si le fait de prendre des vitamines avec de l'eau chaude ou de l'eau froide faisait une différence. Qu'ils réussissent ou qu'ils échouent, les élèves améliorent leurs aptitudes à la résolution de problèmes.
Le succès et l'échec ont également été des parties importantes de mon expérience en tant que professeur de sciences. Je n'ai pas de formation poussée en sciences, mais j'ai appris à surmonter cet obstacle en essayant de nouvelles choses.