L'autoapprentissage : plus facile à dire qu'à faire
- Étendre la portée de l'exploration littéraire
- Des connaissances étoffées
- Les élèves le font pour eux-mêmes
- Poser les bonnes questions
Regardez un bébé qui apprend à ramper et vous contemplerez une énorme soif d'apprendre et une forte dose de persévérance. Certaines personnes conservent cette volonté et cette soif d'apprendre toute leur vie. D'autres, non. Pourquoi l'école échoue-t-elle si souvent à entretenir ce désir d'apprendre?
Les bons enseignants tentent de le faire en testant continuellement de nouvelles méthodes d'enseignement, en conservant ce qui fonctionne et en éliminant ce qui ne fonctionne pas. Mais il existe des enjeux fondamentaux qui obligent à remettre en question les grands objectifs et le but ultime de l'éducation. Beaucoup d'enseignants s'interrogent et certains ont pris le temps, et les risques inhérents, de tester de nouvelles méthodes inspirées des élèves mêmes, des méthodes qui aident les élèves à découvrir jusqu'à quel point ils peuvent apprendre.
La tâche n'est pas simple et on ne sait pas encore très bien si cette façon de faire s'accommode bien des méthodes traditionnelles; certains croient qu'on peut l'ajouter aux méthodes actuelles tandis que d'autres préconisent une transformation radicale du système d'éducation. Peu importe la démarche, elle permet, à l'usage, de tirer des conclusions précieuses. Les enseignants présentés dans cette partie ont différents sons de cloche à proposer.
Comment puis-je faire en sorte que, peu importe leurs habiletés, les élèves puissent explorer le merveilleux monde de la littérature? James Moore a utilisé diverses méthodes pour que les élèves puissent mettre à profit leurs points forts et cultiver leurs intérêts et compétences littéraires.
Étendre la portée de l'exploration littéraire

« Si Andrew Lloyd Webber était un de vos élèves, lui demanderiez-vous d'écrire un texte de 750 mots sur un élément d'un thème ou d'un personnage? »
« En tant que professeur d'anglais, il est de mon devoir d'encourager les élèves à explorer non seulement leur intellect, mais aussi leurs sens et leurs émotions. Ce faisant, j'élargis pour ainsi dire le champ de vision, par l'intégration d'autres matières et disciplines que la littérature, comme la musique et la peinture. »
James Moore
Bishops College
St. John's (Terre-Neuve-et-Labrador)
Avec ses 700 élèves inscrits dans trois niveaux, Bishops College est une petite collectivité où les élèves ont de bonnes chances de laisser leur marque et de ne pas se perdre dans la masse, affirme James Moore. James se considère lui-même comme un guide qui montre la voie à suivre. Son talent particulier lui vient de sa capacité d'ouvrir de nouveaux horizons à ses élèves.
Intégration des matières
Dans tous mes cours, j'essaie de promouvoir une démarche multidisciplinaire. Voici quelques exemples que d'autres enseignants peuvent adapter à leurs besoins.
Leur enseigner à dire ce qu'ils pensent…
Les connaissances sont de peu d'utilité si les élèves n'arrivent pas à communiquer leurs idées. Je crois que les enseignants devraient toujours chercher les moyens d'intégrer la matière, mais sans perdre de vue la nécessité d'enseigner aux élèves à se montrer critiques, à organiser efficacement l'information et à bien la communiquer.
… et à défendre ce qu'ils disent
Je pense que toutes les idées énoncées par les élèves ont une valeur, en tant que conclusions valides ou comme sujets de discussion. À titre d'enseignant, vous devez leur offrir la confiance et l'occasion de formuler leur propre interprétation, en faisant appel à des citations, à la logique et à la créativité. Selon ce modèle, la défense de leur travail devient un exercice scolaire très enrichissant.
Promouvoir la réussite
En développant leurs aptitudes en communication, vous aidez les élèves à réussir. Beaucoup de mes élèves passent chaque année les tests de reclassement en littérature anglaise et en composition, et ils réussissent très bien. Ils remportent souvent des concours locaux, provinciaux, nationaux et internationaux d'éloquence et de composition.
Établir des partenariats
- Les élèves de ma classe de rédaction avancée ont collaboré avec des élèves en beaux-arts inscrits à la Bishops College Art Gallery. Un après-midi, j'y ai amené mes élèves (vous pouvez visiter un musée local si votre école n'a pas sa propre galerie d'arts) et je leur ai ensuite demandé de choisir une œuvre et d'écrire à son sujet.
- Les partenariats et les ententes d'encadrement avec des étudiants de l'université mettent les étudiants du secondaire en contact avec un monde riche et diversifié d'études supérieures.
- J'ai organisé un parrainage par Nortel, en vue d'un concours annuel de dissertation et d'éloquence, dans le cadre duquel les élèves exploitent de nombreux sujets et de multiples connaissances.
Comment puis-je aider de jeunes élèves débordant d'idées disparates et d'enthousiasme à devenir des individus pensants et réfléchis? Cheryl Andrews utilise la « toile conceptuelle » pour aider les enfants à voir comment les choses qui les intéressent sont rattachées à un univers d'idées intéressantes. La toile les aide aussi à trouver leur propre chemin dans ce nouvel univers.
Des connaissances étoffées
« Les enfants ont besoin d'être des apprenants actifs et non des récepteurs passifs du savoir. Ils ont besoin d'établir des liens, de voir le tableau d'ensemble et la manière dont les divers éléments s'imbriquent. »
« La toile conceptuelle joue un rôle prépondérant dans la méthode par activités thématiques. Ce tableau mural où les termes et les idées sont reliés entre eux guide le déroulement de l'activité, indique les sujets que les enfants vont explorer et représente les rapports entre les idées. »
Cheryl Andrews
Central Elementary School
Brooks (Alberta)
Cheryl Andrews a commencé sa carrière en 1971 en enseignant la musique et l'anglais langue seconde, avant de devenir titulaire d'une classe, il y a 15 ans. Elle continue de suivre des cours de perfectionnement professionnel, dont un cours intensif d'une semaine qu'elle a suivi à l'Université de l'Illinois et qui s'intitulait « Engaging Children's Minds: The Project Approach ».
Les six étapes de l'activité thématique
Les enfants commencent par former des groupes en vue d'un remue-méninges et ils écrivent le plus grand nombre possible de mots qui ont un lien avec le thème retenu. J'accepte toutes les suggestions et j'écris tout au tableau. L'exercice de remue-méninges permet aux enfants d'établir un parallèle entre ce qu'ils savent déjà sur le sujet et ce qu'ils ne savent pas ou voudraient savoir.
Pour élaborer une toile conceptuelle, j'écris le nom de l'activité au milieu d'une grande feuille de papier puis, sur des lignes partant du centre, semblables à des rayons, j'inscris certains des concepts que nous suggère ce nom. Nous utilisons les listes que les élèves ont préparées pendant le remue-méninges pour remplir la toile conceptuelle et suggérer d'autres sujets de recherche. Nous examinons aussi les objectifs du programme d'études et décidons ensemble de leur place, à ce stade, dans la toile conceptuelle.
Inspirés par la toile conceptuelle, les enfants formulent des questions concernant les aspects du thème sur lesquels ils aimeraient se renseigner.
L'étape de la recherche est la plus longue (trois semaines ou davantage), car les élèves lisent des ouvrages, explorent Internet, consultent des cartes géographiques et différentes sources d'information. Dans l'apprentissage, les aptitudes à la recherche, c'est-à-dire la capacité de réunir, d'évaluer et de compiler des renseignements, jouent un rôle primordial.
Il est très important de présenter l'apprentissage sous une forme nouvelle, ce qui exige une connaissance approfondie du sujet. Afin que toute la classe sache ce que chaque élève est en train d'apprendre, tous les deux ou trois jours, nous communiquons les renseignements réunis. Les élèves enseignent ce qu'ils ont appris et acquièrent de la confiance lorsqu'ils communiquent et s'expriment en public, et de l'expérience dans l'organisation de leurs pensées et de leurs idées. En outre, ils sont de plus en plus heureux d'apprendre.
Chaque activité thématique repose sur le programme provincial de sciences ou de sciences sociales et est évaluée d'après les normes provinciales. Les aptitudes à lire et à écrire figurent parmi les principaux éléments qui sont évalués pendant toute la durée de l'activité. J'évalue fréquemment les progrès réalisés par les enfants et, au besoin, je les guide dans leurs travaux.
Comment suis-je censé enseigner aux élèves à utiliser une technologie qui évolue si rapidement que je dois passer autant de temps qu'eux à apprendre? Les élèves de Peter Sol comptent sur lui pour agir comme expert, mais ils ont les travaux d'éditique bien en main et ils apprennent ainsi comment résoudre des problèmes dans un environnement qui évolue.
Les élèves le font pour eux-mêmes
« Les professeurs qui enseignent l'informatique et d'autres cours se rattachant à la technologie sont confrontés à un problème insoluble. L'industrie produit si rapidement qu'il est impossible de se tenir au courant de toutes les nouveautés et de continuer d'être, aux yeux des élèves, le professeur expert. »
« Il y a de nombreux avantages à s'écarter du modèle du professeur expert et à insister sur l'apprentissage avec les élèves. C'est moins cher parce qu'il n'y a pas de matériel pédagogique à acheter, c'est plus amusant parce que les activités sont adaptées aux habiletés des élèves et c'est plus intéressant pour les élèves et pour vous. »
Peter Sol
Alpha Secondary School
Burnaby (Colombie-Britannique)
Peter Sol est un éducateur passionné et novateur, qui possède de l'expérience en formation des adultes et en enseignement de l'art dramatique, de la comptabilité et des sciences commerciales; il possède aussi des connaissances spécialisées en marketing, en traitement de données, en informatique, en technologie de l'information et en gestion de réseaux. Il est un chef de file de l'intégration des nouvelles technologies dans le programme d'études et il contribue au perfectionnement professionnel de ses collègues.
L'évaluation des résultats
Dès leur parution, les nouveaux livres, films ou pièces de théâtre font l'objet d'une critique et il doit en être ainsi des productions des élèves. Les auteurs et les acteurs ont une très bonne idée des normes d'évaluation. Les élèves affichent la même volonté de faire du bon travail et il est normal qu'ils soient informés des critères selon lesquels ils seront jugés.
Avant qu'un projet ne commence, les élèves révisent les objectifs à atteindre et les critères d'évaluation. Ainsi, lorsqu'ils conçoivent leur première page Web, les exigences minimales valent 10 points :
- une zone de texte
- un lien vers une liste chaînée
- un graphique miniaturisé, relié à un graphique à plus grande échelle
- un fichier animé de structure GIF
Ces éléments comptent pour huit points. Deux points supplémentaires sont attribués pour ce que j'appelle le facteur tape-à-l'œil - la valeur artistique et la qualité de la conception de l'œuvre qui frappent un employeur lorsqu'il examine le travail d'un employé. Les élèves choisissent alors la note qu'ils veulent obtenir et élaborent le plan qui leur permettra d'atteindre leur objectif. Ils signent un contrat à cet effet.
Avant même de commencer à travailler, ils savent sur quels aspects ils devront concentrer leurs efforts et ont en main un outil pour déterminer la qualité de leur travail et de leur apprentissage. Ils savent aussi à quel moment demander de l'aide. Parfois, je les dirige; parfois, je les suis, mais, la plupart du temps, je me retire et leur laisse la possibilité de m'étonner.
Comment puis-je amener les élèves à réfléchir et à mener eux-mêmes leur propre recherche? Patricia Clifford et Sharon Friesen ont beaucoup réfléchi à cette question… et aux questions en général.
Poser les bonnes questions
« Nous sommes convaincues que nos activités en classe n'ont de sens que si la réforme du système d'éducation a lieu. Le système actuel a été créé au XIXe siècle pour répondre aux besoins d'une société qui s'industrialisait. Ce système n'a plus sa raison d'être dans un monde qui entre dans l'ère de l'information. »
« Pendant cinq ans, j'ai brassé du papier et appris dans des livres. Maintenant, nous avons notre mot à dire sur ce que nous apprenons et sur la manière dont nous apprenons et prouvons que nous avons appris. » Un élève.
Patricia Clifford et Sharon Friesen
Banded Peak School
Bragg Creek (Alberta)
Patricia Clifford et Sharon Friesen enseignent ensemble depuis neuf ans. Elles ont enseigné à des classes de la première à la huitième année, ainsi que dans des programmes de baccalauréat et d'études supérieures en éducation. Récemment, elles ont créé le Galileo Educational Network (en anglais seulement), un organisme sans but lucratif destiné à soutenir des changements systémiques en éducation, grâce à l'intégration de la technologie.
Bonne question!
Voici les ingrédients d'une bonne question :
Une bonne question est tellement fondamentale que les gens la posent de diverses manières. Ainsi, la question : « Qu'est-ce que la lumière? » a été abordée dans les contextes scientifique, mathématique, esthétique, littéraire et spirituel. C'est pourquoi une bonne activité thématique englobe tant de matières à la fois.
Quand nous nous attaquons à une grande question, nous explorons les liens entre notre expérience personnelle du monde et les expériences que toute l'humanité a amassées au fil des ans. En explorant ensemble des questions fondamentales, les enfants peuvent exploiter leurs talents et leurs intérêts tout en acquérant un sentiment d'appartenance à leur environnement humain.
Une question exceptionnelle nous permet d'explorer ce qu'est la connaissance, comment elle est née et comment elle a évolué au fil de l'histoire. Vous êtes-vous déjà demandé comment les gens ont commencé à compter?
Une bonne question va aux confins du connu et de l'inconnu. Elle découle des tentatives incessantes, dans l'histoire de l'humanité, d'en apprendre davantage sur le monde dans lequel nous vivons. Les enfants apprennent que l'homme a compris beaucoup de choses sur le monde qui l'entoure et qu'il existe encore de véritables mystères autour de choses pourtant ordinaires comme la gravité et le sol.
Les bonnes questions s'inscrivent dans un idéal de liberté, de force et de possibilités, qui permet aux gens d'apprendre par l'expérience directe, sans s'embourber dans des idées oppressives ou dépassées.
Les bonnes questions sont le fruit de l'imagination. L'expérience directe ne permet d'acquérir qu'une quantité limitée de connaissances. Ce sont les questions qui stimulent l'imagination qui permettent aux jeunes et aux moins jeunes de découvrir ensemble des mondes inconnus.
Est-ce que ça fonctionne? Bien sûr. La section contient une mine d'information, qu'il s'agisse de chevaliers et de châteaux, ou d'une conversation entre Jeanne d'Arc et Aliénor d'Aquitaine que nos élèves de 2e année ont rédigée. Le travail réalisé par nos élèves pour un autre projet - raconter l'Odyssée en images - a aussi remporté beaucoup de succès. De fait, un professeur de littérature grecque a utilisé une des illustrations sur la page couverture de sa nouvelle traduction de l'Odyssée.