Redonner le goût de l'école aux élèves qui risquent de décrocher
Il n'existe pas de description uniforme des élèves qui risquent de décrocher. Chacun présente un ensemble unique de points forts et de problèmes.
Dans bien des cas, les élèves à risque ont dû s'élever seuls. Leurs parents ont tellement de problèmes dans leur propre vie qu'ils ne savent pas comment élever leurs enfants et n'ont pas l'énergie d'essayer. Souvent, un des parents est absent et l'enfant doit composer avec une succession de conjoints qui ne les acceptent peut-être même pas.
Dans d'autres cas, les élèves à risque viennent de familles intactes, mais souffrent de troubles d'apprentissage non diagnostiqués. Leur incapacité d'apprendre les frustre, et leur entourage ne comprend pas toujours pourquoi cet enfant « difficile » ne s'applique pas. Ces jeunes finissent par abandonner et trouvent refuge dans la drogue ou la contestation.
Aucun enseignant n'aime voir un élève se débattre avec des retards de plus en plus marqués dans son apprentissage. En fait, beaucoup d'enseignants consacrent une grande partie de leur travail à aider ces élèves à reprendre goût à l'école et à réussir. Vous rencontrerez quatre de ces enseignants spéciaux dans les pages qui suivent.
Comment les élèves à risque peuvent-ils surmonter leurs problèmes personnels et se concentrer sur leurs études? Judy Chapman parle de bâtir la confiance en créant un bon climat d'apprentissage et en établissant des rapports positifs avec les élèves.
Le pouvoir de l'apprentissage

« Comme les jeunes à risque sont blessés et plutôt méfiants à l'égard de l'école et des enseignants, il faut d'abord gagner leur confiance avant de commencer à leur enseigner. Je n'ai pas toutes les réponses, mais j'ai élaboré un programme qui les aide à réussir leurs études. Ils sont alors plus heureux et plus stables. »
« Elle a sauvé la vie de ces jeunes. » Le directeur de l'école
Judy Chapman
Abbotsford Senior Secondary School
Abbotsford (Colombie-Britannique)
Judy Chapman enseigne depuis 1971, après avoir reçu son baccalauréat en Éducation. Tout en enseignant à temps plein, elle a depuis reçu un diplôme de post-baccalauréat et une maîtrise en Éducation. Elle est bien connue dans le milieu de l'éducation d'Abbotsford comme une chef de file parmi les enseignants de tous les niveaux, parce qu'elle offre des ateliers dans son district scolaire et ailleurs.
Stratégies de réussite
Le programme repose sur trois stratégies complémentaires. J'établis un climat de confiance, j'utilise cette confiance pour raviver leur désir d'apprendre, puis j'insiste sur le travail rigoureux. J'ai élaboré divers moyens d'appliquer ces trois stratégies au quotidien.
Les élèves doivent être convaincus que leur bien-être vous tient à cœur. Tous les matins, j'appelle tous les élèves absents. Je leur rappelle qu'ils doivent maintenir un taux d'assiduité de 90 p. 100 pour demeurer inscrits au programme. J'ai aussi obtenu qu'un organisme du district livre des repas chaque matin, que nous disposons sur un côté de la classe, comme un buffet. L'amélioration de leur alimentation les aide; ils se sentent mieux et sont plus en mesure de se concentrer.
Ils doivent être convaincus qu'ils peuvent apprendre. Auparavant, ces jeunes trouvaient l'école ennuyante et frustrante parce que les cours ne semblaient avoir aucun rapport avec leur vie. L'emploi du modèle de l'élémentaire et l'intégration de diverses matières à un cours thématique permettent de rendre le contenu plus pertinent et captivant. Ainsi dans un cours sur les conflits, nous avons examiné les conflits dans la vie des élèves et dans leur collectivité, nous avons appliqué la méthode de résolution des conflits et analysé les conflits à l'origine de la Deuxième Guerre mondiale et dans la littérature.
Ils doivent savoir que j'attache de l'importance à leur travail. Je corrige tous les travaux en moins de 24 heures et je leur dis ce que j'en pense.
Ils doivent savoir qu'ils ont réussi. Les élèves reçoivent une liste de tous les objectifs à atteindre au cours de l'année. Ils voient les liens entre les domaines d'études et savent quand ils ont atteint les objectifs. Ils participent directement à leur propre apprentissage. J'encourage les élèves à suivre les cours les plus avancés plutôt que les cours de base. Je veux qu'à leur sortie du programme, ils soient prêts à fréquenter une école secondaire ordinaire ou à poursuivre des études supérieures.
Comment un programme d'études secondaires peut-il répondre aux divers besoins des élèves à risque? Joan Beeson et Cindy Meagher nous parlent d'une manière novatrice d'aborder le programme, qui donne aux élèves en difficulté des chances égales de réussir.
Doux succès…
« Le modèle éducatif sur lequel repose notre programme d'études pour les élèves qui ne peuvent fréquenter l'école secondaire normale, c'est-à-dire un programme d'études guidées, individualisées et adaptées au rythme de l'élève, s'est avéré efficace pour aider les élèves qui risquent de décrocher à terminer leur études secondaires. »
« Nous savons que les élèves peuvent réussir si les conditions propices sont réunies : confiance en soi, aide et conseils constants, et assiduité au travail. Nous voulons que le succès soit à la portée de tous les élèves, même de ceux qui sont aux prises avec des échecs scolaires, le stress et des troubles émotionnels, la maladie, le chômage, la grossesse et les obligations parentales. Mais l'école secondaire traditionnelle crée pour eux des obstacles - notamment un horaire et une charge de travail imposés - que certains élèves ne peuvent surmonter. »
Joan Beeson et Cindy Meagher
Bridge Network
Grande Prairie (Alberta)
Bien que Joan Beeson et Cindy Meagher n'aient pas prévu que leur carrière en enseignement prendrait cette direction, leur vie et leur expérience les ont menées, presque inexorablement, à former Bridge Network. Elles se sont rencontrées lorsque Cindy est devenue directrice de ce qui allait s'appeler Bridge Network et qu'elle a embauché Joan pour combler le poste qu'elle venait de quitter. Elles ont constaté que leurs attitudes et leurs méthodes d'enseignement se complétaient et elles ont immédiatement élaboré un nouveau mandat et une nouvelle orientation pour l'école.
Bridge Network dans votre collectivité
L'école compte entre 120 et 190 élèves actifs, mais sert plus de 400 jeunes chaque année. Ils viennent de tous les quartiers de la ville, guidés par des conseillers en orientation, des administrateurs ou des enseignants; certains se présentent à la suggestion de leurs parents, d'autres, de leur propre initiative. Là où la population est trop petite pour ouvrir une telle école, la méthode peut être adaptée et appliquée dans une école secondaire traditionnelle, un peu comme les programmes de rattrapage et d'enseignement individualisé.
Nos élèves choisissent leurs cours parmi 70 cours de niveau secondaire. Quand un élève n'est pas satisfait de son premier choix, nous lui permettons de changer. De cette façon, il fait rapidement l'expérience de la réussite et nous en profitons alors pour l'encourager à prendre des cours plus exigeants.
À tout moment, divers élèves travaillent à divers cours. L'école ressemble à une bibliothèque. Et nous sommes les « bibliothécaires ». Lorsqu'un élève a besoin de quelque chose, il demande l'aide de la bibliothécaire. Les élèves circulent librement et utilisent le matériel à volonté. Ils peuvent aussi utiliser les ordinateurs, demander une leçon individuelle ou solliciter des conseils au sujet de leurs problèmes personnels ou de toute autre question.
Le travail d'équipe est un ingrédient essentiel du succès de Bridge Network. Nous avons fort heureusement l'appui de notre conseil scolaire, de la direction et du personnel du bureau central, ainsi que de nos partenaires dans la collectivité. L'école ne pourrait fonctionner sans nos deux excellents compagnons de travail, Kevin McNeil, professeur de sciences et de préparation à la vie personnelle et professionnelle, et Sharon Andreotti, assistante administrative et adjointe d'enseignement. Tout le personnel adhère aux objectifs et à la philosophie de l'école et travaille sans relâche, à la manière d'une machine bien rodée, réussissant à « résoudre une crise après l'autre », comme dirait Mme Andreotti.
Comment un programme de rattrapage peut-il mener au succès? Eileen Kiriazidis décrit un programme d'aide en mathématiques, qui offre un soutien solide aux enseignants, aux parents et aux élèves, et qui produit des résultats positifs.
Apprendre à aimer et aimer apprendre
« J'éprouve une grande satisfaction à convaincre les élèves que les enseignants, l'administration, la commission scolaire et leurs parents s'intéressent vraiment à leur formation. Une fois qu'ils sont convaincus de l'intérêt des autres à leur égard, ils commencent eux-mêmes à aimer apprendre. »
« Lorsque j'étais étudiante, il m'arrivait d'aider mes amis et des élèves plus jeunes en mathématiques. J'avais beaucoup de satisfaction à les regarder apprendre, à voir leurs yeux « s'allumer » lorsqu'ils venaient soudainement de comprendre. Je ne me suis jamais demandé ce que j'allais faire plus tard; je voulais simplement continuer de voir des yeux s'allumer. »
Eileen Kiriazidis
École secondaire régionale Howard S. Billings
Châteauguay (Québec)
On pourrait présumer que le professeur de rattrapage en mathématiques est l'un des moins populaires de l'école. Mais ce n'est pas le cas à l'école secondaire Howard S. Billings. Eileen Kiriazidis, surnommée avec affection « Mme K. », est aimée et respectée par les élèves et le personnel pour ses capacités à titre d'éducatrice, ses services rendus à l'école et son dévouement et son engagement professionnels.
Travailler ensemble afin d'aider les élèves
Ce système, qui consiste à repérer les élèves en difficulté et à les retirer des cours facultatifs (ces cours changent à chaque étape), exige la collaboration de tous les membres du personnel. Les autres enseignants doivent accepter d'avoir des classes un peu plus nombreuses afin de libérer un enseignant qui donnera les cours de rattrapage, et participer en recommandant les jeunes qui ont besoin de tels cours.
Les élèves ont environ deux devoirs par semaine. Les parents peuvent facilement reconnaître ces devoirs, car ils sont accompagnés d'une page couverture qu'ils doivent signer. De cette façon, les parents peuvent suivre les progrès de leur enfant et l'encourager.
Comment les convaincre qu'ils peuvent apprendre, qu'ils sont capables de résoudre des problèmes de mathématiques et que les gens se soucient de leurs progrès? Il n'y a pas de méthode magique, il faut simplement faire en sorte qu'ils ne puissent en douter. D'abord, il faut les accueillir, puis convaincre, renseigner, obliger, menacer, supplier et séduire.
Accueillez-les dans une classe éclairée, remplie d'affiches, de plantes et de fleurs, aux pupitres et planchers impeccables, et qui leur montre que l'administration de l'école et l'enseignant ont à cœur le programme d'aide en mathématiques et la réussite des élèves qui s'y inscrivent.
Convainquez-les de l'importance pour eux de manifester autant d'intérêt que leurs parents et leurs professeurs.
Distribuez-leur un feuillet rose contenant les tables de multiplication, un premier devoir et un contrat de comportement. Dites-leur que leurs parents s'attendent à recevoir ces documents à la maison.
Obligez-les à s'engager en leur faisant signer le contrat, qui stipule qu'ils apporteront de l'attention à leur travail, dans la classe de rattrapage et dans leur classe ordinaire.
Menacez-les de les renvoyer au programme ordinaire s'ils ne respectent pas leur contrat ou s'ils ne semblent pas faire d'effort pour essayer de s'améliorer en mathématiques.
Suppliez-les de se donner une chance, d'essayer de mémoriser les tables de multiplication et de faire les exercices écrits. Demandez-leur un mois pour leur prouver qu'ils peuvent apprendre les mathématiques.
Séduisez-les en leur disant qu'ils auront une récompense (par exemple, un bonbon) s'ils ont de bonnes réponses et s'ils accomplissent le travail avec soin et de manière responsable.