Prix du Premier ministre pour l'excellence dans 
l'enseignement

Des résultats, des résultats, des résultats


Regarder au-delà des notes

Les notes. On en a tous reçues à un certain moment de notre vie - qu'il se soit agi d'un A ou d'un F, d'un 51 ou d'un 91. Bien sûr, les gens y accordent de l'importance. Les parents exhibent sur le réfrigérateur les examens qui affichent des notes élevées; la réussite scolaire dépend des notes sur le bulletin; et les employeurs étudient ces relevés de notes avant d'embaucher leur personnel. Mais que révèlent réellement ces notes?

Mais que révèlent réellement ces notes?

Nous tenons pour acquis le fait que la performance est mesurable et que les choses qu'on peut mesurer sont importantes dans le cours normal de la vie. De temps à autre, toutefois, certains événements viennent remettre en question cette façon de faire.

Daniel Gauthier

Daniel Gauthier

Le secret de l'enseignement commence par un accueil sincère de l'élève en salle de classe et un désir d'être là soi-même. Il faut croire au succès de l'élève placé devant un défi à sa mesure et transmettre par tous les moyens cette foi que l'on a en cette jeune personne, jusqu'à ce qu'elle même y croit fermement. Dès lors, engagée et sûre de ses capacités, plus rien ni personne ne l'arrêtera dans la poursuite de ses rêves. Et tout ça, c'est un idéal auquel Daniel Gauthier aspire et que parfois il a la satisfaction de voir se réaliser.

Daniel Gauthier, qui enseigne au Collège catholique Samuel-Genest à Ottawa, en Ontario, se fait un plaisir de relater l'un de ces événements. Tout a commencé lorsqu'une élève, que M. Gauthier appelle « une perle », est arrivée dans sa classe. Plusieurs années après son départ de l'école, le visage de M. Gauthier rayonne encore chaque fois qu'il parle d'elle. Elle était toujours avide d'en connaître davantage, ne se satisfaisait jamais d'une réponse partielle et adorait la physique. Et, comme on pouvait s'y attendre, elle faisait tout ce qu'on lui demandait de faire dans la classe. À la fin de l'année, M. Gauthier s'est retrouvé avec une série d'examens, de tests et de travaux de laboratoires affichant des résultats parfaits. Pour la première fois de sa carrière d'enseignant, il donnait à un élève une note de 100 p. 100.

Ce résultat parfait avait représenté un certain casse-tête pour M. Gauthier. Tour à tour, plusieurs de ses collègues était venu lui demander : « Comment est-il possible qu'un élève obtienne une note parfaite en physique? »

M. Gauthier avait simplement répondu que l'élève avait accompli chaque tâche aussi bien qu'on lui demandait de le faire. Mais on continuait de lui poser la question, qui l'a hanté jusqu'à ce que cette élève finisse sa première année à l'université avec une note de 100 p. 100 en physique.

« Vous pouvez vous imaginer mon soulagement », dit-il avec un sourire.

« À bien y penser aujourd'hui, je ne crois pas que l'on remettait en question le résultat de cette élève en particulier, ajoute-t-il. Je n'étais pas le seul à savoir à quel point elle était performante. Je crois que ce qui agaçait mes collègues, c'était l'idée d'une note parfaite, quelle que soit la personne qui l'obtenait. Ce qu'ils disaient en réalité, c'était : "Étant donné les incroyables mystères et la complexité de la physique, comment un élève peut-il maîtriser parfaitement la matière?" »

Mais M. Gauthier nous rappelle que les élèves ne sont pas évalués en fonction de leur capacité à maîtriser la physique, mais plutôt selon leur capacité de satisfaire à une série d'exigences relatives à des normes mesurables. Même s'il est rare qu'un élève puisse faire tout ce qu'on lui demande, cela n'est pas impossible. Toutefois, lorsque cela se produit, nous constatons que nous ne réfléchissons pas souvent à ce que les notes mesurent réellement.




Thomas Harapnuick

Thomas Harapnuick

La vie de Thomas Harapnuick est une étude riche en contrastes. Il a partagé sa carrière en deux, entre les écoles des quartiers démunis du centre-ville et celles des quartiers mieux nantis. Cette apparente contradiction s'explique par le fait qu'il n'a jamais perdu l'enthousiasme que lui procure la recherche de trésors cachés. Pour M. Harapnuick, le plus grand moment de l'enseignement survient « quand un élève que, à mon avis, ni moi ni l'école n'avions touché revient et me remercie ».

Lorsqu'il a entendu l'histoire de M. Gauthier pour la première fois, une lueur s'est allumée dans les yeux de Thomas Harapnuick. Ce n'est que lorsque nous nous offrons le luxe de revenir sur certaines réalisations que nous commençons à mettre leur valeur en question, affirme ce grand et énergique enseignant de la Prince of Wales Secondary School, à Vancouver, en Colombie-Britannique. « J'ai remarqué que seuls les diplômés universitaires se posent des questions sur la valeur des études universitaires, dit-il. Il en va de même en ce qui concerne les notes; quand on commence à les récolter, on commence à s'interroger sur leur valeur. »

Ce n'est pas que les notes ou le fait d'aller à l'université soient sans importance, s'empresse-t-il d'ajouter. « L'on s'entend sur le fait que les élèves doivent recevoir un enseignement et que l'on doit pouvoir prendre la mesure de notre capacité à dispenser cet enseignement. » Ce qu'on se demande lorsqu'on obtient des notes, c'est ce qu'elles signifient vraiment.

C'est une question particulièrement cruciale dans le cas des adolescents, souligne M. Harapnuick. Il peut sembler évident que le fait d'être une personne bonne et productive importe plus que le fait d'obtenir de bonnes notes en physique, mais les enfants ne le constatent peut-être pas. « Une seule note décevante en mathématiques ou l'échec d'une relation amoureuse peut ébranler toute leur estime de soi », explique-t-il.

Et vice-versa. Un élève qui a une faible estime de lui-même n'obtiendra jamais de bons résultats, quelles que soient les compétences de l'enseignant. « Aucun élève ne revient remercier un enseignant 10 ans plus tard pour un cours particulièrement efficace sur les polynômes. Mais plusieurs reviennent vous remercier d'avoir cru en eux. »

Les notes sont un indicateur de la capacité de réussir, mais on ne peut s'y fier totalement, ajoute M. Gauthier. Les élèves qui sont prometteurs à l'école ont tendance à demeurer prometteurs lorsqu'ils arrivent sur le marché du travail, et ceux qui travaillent fort et sont fiables à l'école ont tendance à travailler fort et à demeurer fiables au travail, mais pas toujours. Parfois, des élèves moyens, ou même ceux qui doivent se démener pour réussir, surprennent tout le monde en devenant d'éminents chercheurs scientifiques et, à l'inverse, les élèves prometteurs éprouvent parfois des difficultés après avoir terminé leurs études. « Personne, surtout pas moi, ne peut prédire avec assurance comment un élève évoluera dans la vie. »

Les prédictions sont particulièrement difficiles à faire durant les périodes de transition, ajoute George Findlay, qui enseigne aux élèves qui font la transition du primaire au secondaire. « Parfois, les élèves qui ont obtenu de bonnes notes parce que les cours étaient faciles jusque-là ne savent pas comment réagir aux exigences de l'école secondaire, explique-t-il. Parallèlement, les élèves qui ont trimé dur s'en tirent très bien parce qu'ils ont appris à faire face aux défis en travaillant plus fort. »

C'est précisément cette capacité de continuer à bûcher même lorsque les notes sont mauvaises ou que d'autres parties de notre vie sont difficiles qui fait défaut lorsqu'on accorde trop d'importance aux notes, affirme M. Harapnuick. Pour autant qu'il respecte le programme, l'enseignant doit avoir pour objectif d'instaurer une mentalité fondée sur la volonté de persévérer et la satisfaction d'atteindre des objectifs valables. Lorsque les élèves ont compris ce principe, ils obtiennent de bonnes notes de façon plus constante.




Comment un enseignant peut-il instaurer une telle mentalité? Il existe bon nombre d'outils, mais il est intéressant de constater que pour y arriver, M. Gauthier et M. Harapnuick se servent de nombreuses variations de l'évaluation classique.

Par exemple, M. Gauthier cherche à transmettre à ses élèves les compétences nécessaires pour faire carrière en science. En familiarisant ses élèves avec une méthode d'évaluation type de la recherche scientifique de pointe, il leur donne une petite idée de la satisfaction que peut procurer une telle carrière.

Au début, toutefois, les objectifs de M. Gauthier étaient plus modestes. Il ne faisait que chercher une façon équitable d'évaluer des projets spéciaux exécutés par ses élèves durant leur dernière année au programme de la concentration scientifique du Collège catholique Samuel-Genest. « En général, ces élèves finissaient par travailler avec des experts de l'extérieur et je ne me sentais pas apte à évaluer la qualité de leur travail. »

Il a emprunté un truc aux universités, invitant les élèves à soutenir leurs travaux devant des experts de l'extérieur de l'école. Il a dû faire quelques aménagements pour adapter le système au niveau secondaire (voir Soutenir son propre travail), mais autrement, la méthode réussit remarquablement bien.

En plus de permettre à M. Gauthier d'évaluer de façon équitable des travaux diversifiés et spécialisés, cette approche a eu des effets extrêmement positifs sur les élèves. « Je mentirais si je disais que les élèves sont d'emblée enthousiastes face à la présentation de leurs travaux, explique-t-il. C'est une perspective déconcertante et ils doivent faire beaucoup de travail préparatoire. »

Mais c'est très différent lorsqu'ils ont terminé. « Ils en ressortent rayonnants. »

Pas étonnant. Ils n'ont pas que subi un examen. Tout le processus les force à prendre le projet au sérieux. « Leur satisfaction lorsqu'ils soutiennent leur travail devant des experts est de voir ceux-ci leur faire l'honneur de les traiter, et de traiter leur travail, tout aussi sérieusement. »

Thomas Harapnuick a aussi pour objectif d'utiliser les évaluations afin de donner aux élèves la confiance dont ils ont besoin pour entrer dans le sérieux monde des adultes; mais il fait face à un autre défi systémique. Chaque année, les écoles de la Colombie-Britannique sont classées selon les résultats de leurs élèves aux examens provinciaux. La Prince of Wales Secondary School se classe habituellement parmi les cinq premiers rangs.

Dans ce climat de réussite, M. Harapnuick s'attache à aider les élèves à élargir leurs horizons, à déveloper l'ensemble de leur personnalité et non seulement la partie qui obtient les meilleures notes. Il y parvient en offrant aux élèves tout un éventail de récompenses et d'objectifs spéciaux.

« Tout est différent lorsque vous proposez aux enfants un projet pour lequel la seule récompense est d'avoir fait quelque chose de bien », dit-il. C'est ce que ses élèves ont constaté l'an dernier lorsqu'ils ont recueilli des fonds afin de pouvoir offrir de façon anonyme des bourses d'études à des élèves dans une autre partie de la ville. M. Harapnuick a aussi recours à d'autres procédés, dont des récompenses humoristiques et un Prix pour la force de caractère (voir Des récompenses qui ont du caractère).

Le concept même de l'évaluation comprend nécessairement la possibilité d'un échec, explique M. Harapnuick. Et à partir de l'école secondaire, la plupart d'entre nous devons subir des épreuves que nous ne pouvons réussir. M. Harapnuick en parle souvent à ses élèves, prenant en exemple le basket-ball, auquel il adore jouer. « Je me tiens debout devant les élèves et leur dis à quel point j'aime jouer et combien je veux être compétitif, puis je leur demande s'ils pensent que je peux y arriver. »

Au début, les élèves sont très encourageants. Ils affirment que tout ce qu'il faut à M. Harapnuick pour devenir champion, c'est de la volonté et beaucoup de pratique. « Je commence alors à me faire l'avocat du diable, leur faisant part de tous les obstacles, et ils réalisent peu à peu que moi, Thomas Harapnuick, je ne pourrais probablement pas faire partie de la NBA. »

Lorsque vous explorez la possibilité de l'échec, vous devez montrer aux enfants comment dépasser les échecs et les obstacles qu'ils vivront inévitablement. « Les enfants ne peuvent devenir des citoyens bons et productifs que lorsqu'ils prennent conscience que même si certaines portes se ferment, d'autres resteront toujours ouvertes s'ils ne les ferment pas eux-mêmes. » Et le fait de savoir cela vaut plus que n'importe quelle note.