Prix du Premier ministre pour l'excellence dans 
l'enseignement

La technologie : amie ou ennemie?


Faire en sorte que cela fonctionne pour vous et vos élèves

Difficile de s'imaginer qu'il y a seulement 10 ans, un unique ordinateur dans une salle de classe représentait toute une innovation. Aujourd'hui, Internet, les réseaux locaux, les présentations multimédias, les logiciels interactifs et une foule d'autres applications sont de plus en plus courants quoique pas encore usuels. La technologie transforme l'éducation de fond en comble.

Qu'est-ce que la technologie? Ni amie ni ennemie, la technologie est un outil, ajoute Stephen Gallagher, enseignant de physique, de mathématiques, et de calcul différentiel et intégral à la W.P. Wagner School of Science and Technology à Edmonton, en Alberta. Pour lui, la technologie est toute machine ou outil qui accroît la portée et l'ampleur des aptitudes naturelles de l'utilisateur. En outre, « la technologie ne se résume certainement pas aux ordinateurs ».

« C'est un système », répond Jay Willman, de la R.B. Russell Vocational High School à Winnipeg, au Manitoba. « Tout agencement d'êtres humains, de machines et d'idées qui accomplissent une tâche. »

En éducation, cette tâche est l'apprentissage. « Et la technologie peut favoriser et appuyer l'apprentissage », ajoute Carol Ann Telford de la Waterloo-Oxford District Secondary School à Baden, en Ontario.

Ces enseignants savent à quel point la technologie peut transformer l'éducation. Toutefois, ajoutent-t-ils, les enseignants n'ont pas fini d'apprendre comment utiliser en éducation les ordinateurs et d'autres technologies connexes de façon efficace, et ont besoin d'appui pour ce faire, tout comme les élèves.

Carol Ann Telford

Carol Ann Telford

Il se passe quelque chose de spécial lorsque l'apprentissage survient à l'extérieur de la salle de classe. Carol Ann Telford se souvient encore du moment où elle et ses amis d'une école de rang de quatre pièces en Ontario ont construit un magasin avec des bouts de bois afin de vendre du sucre à la crème pour appuyer une activité de bienfaisance organisée par leur enseignant. Avec en mémoire la stimulation et la fierté que lui ont procuré les activités parascolaires, Mme Telford est toujours en quête de moyens d'inculquer un tel esprit à ses élèves.

Carol Ann Telford se décrit comme une « personne aux idées folles »; elle est toujours tournée vers l'avenir, repérant les nouvelles tendances et intervenant rapidement pour les exploiter. Jeune et pleine de dynamisme, Mme Telford incite ses collègues à souscrire à ses idées folles et à les concrétiser.

Des idées telles que le jeu Be Real. Ayant fait l'objet d'un projet pilote par les élèves de 9e année de la Waterloo-Oxford District Secondary School, Be Real allie le jeu de rôle, des outils en ligne de recherche sur les carrières, des activités en salle de classe et des devoirs pour enseigner aux jeunes à faire face aux complexités de la vie adulte.

« Nous devons être polyvalents », affirme-t-elle. Les enseignants doivent s'adapter aux technologies en constante évolution et en tirer parti pour aider les élèves à apprendre à s'adapter rapidement. Le volet de cette adaptation qui stimule le plus Mme Telford est le fait de pouvoir abandonner graduellement les structures hiérarchiques d'apprentissage en faveur d'un apprentissage autonome, coopératif et en équipe.

Cette possibilité de changement inspire aussi Jay Willman. La mise en place de nouvelles structures d'apprentissage profiterait aux élèves à risques comme ceux à qui il enseigne. Ces élèves ont habituellement de la difficulté à lire et à écrire, et doivent composer avec des problèmes sociaux tels qu'une pauvreté extrême. (« Un de mes meilleurs élèves vivait dans une benne à déchets », dit M. Willman.) Bon nombre sont des adultes qui ont quitté depuis plusieurs années le système scolaire, où ils ont connu une série de difficultés.

« Beaucoup de personnes de la collectivité ne songeraient jamais à fréquenter la bibliothèque, même si elles pouvaient s'y rendre, affirme M. Willman. Notre école, en plein cœur du quartier, est l'endroit évident où rendre les ordinateurs et d'autres technologies accessibles, facilement et gratuitement, à des fins de recherche et d'apprentissage. » Le fait d'offrir un vaste éventail d'expériences multimédias et de programmes d'apprentissage permet aux élèves de passage, aux élèves à risque, aux personnes qui n'ont pas d'ordinateur à la maison et à l'ensemble de la collectivité de se familiariser avec les ordinateurs et d'acquérir l'expérience de l'informatique dont ils ont tant besoin.




Stephen Gallagher

Stephen Gallagher

Tout comme un tisserand tente de créer un modèle unique à l'aide de fils en apparence dissemblables, Stephen Gallagher a un sens inné des liens entre les maillons importants de sa vie. Au cœur de cette fibre figure la foi et la famille, et nombre de ces fils font partie intégrante de son enseignement.

Les nouvelles technologies sont aussi idéales pour la rationalisation des tâches d'apprentissage. Les ordinateurs, les fureteurs et les présentations multimédias illustrent les processus complexes, tels que le fonctionnement d'un carburateur ou une réaction chimique, plus clairement et plus précisément que l'imprimé, souligne Stephen Gallagher. Dans ce cas, la technologie ouvre la voie à un réel apprentissage.

Des élèves du cours de physique de M. Gallagher dissèquent un œil de boeuf en comparant les structures de l'œil et le mécanisme d'une caméra vidéo en pièces détachées, ou en insérant à maintes reprises une cassette vidéo dans un lecteur au couvercle transparent pour observer la série de complexes mouvements que déclenche leur action.

M. Gallagher est intense et énergique; son esprit foisonne d'idées sur la façon d'illustrer pour ses élèves les processus et les concepts. Il utilise tous les moyens à sa disposition, qu'il s'agisse de technologie simple ou avancée. « Je veux assortir la technologie à la tâche d'apprentissage et bien le faire », dit M. Gallagher. Un exemple de cette façon de faire peut être observé dans la cafétéria de l'école W.P. Wagner. Les élèves de mathématiques utilisent des sacs de plastique (une technologie simple et bon marché) auxquels sont attachés des ballons de volley-ball, qui font office de poids, suspendus du plafond de la cafétéria pour comprendre et explorer les dimensions mathématiques des courbes trigonométriques. Les élèves suivent les pendules qui oscillent avec un Calculator Based Ranger (CBR) relié à une calculatrice à capacité graphique (deux technologies considérablement plus perfectionnées) pour afficher les résultats.

Avec l'aide de la technologie, les élèves saisissent rapidement et facilement la différence entre diverses équations, ce qui leur donne plus de temps pour faire des expériences concrètes. « Ils deviennent tout excités et il y a de l'énergie dans l'air, dit M. Gallagher. Ils essaient différentes façons de faire osciller le pendule et différents lieux où mesurer les résultats; ils peuvent voir les résultats mathématiques instantanément. »




Jay Willman

Jay Willman

Enseignant bienveillant et passionné, Jay Willman estime que chaque élève possède un talent, et que l'enseignant et l'élève devraient travailler ensemble pour explorer ces talents et développer des possibilités éducatives. Motivé par une vision de changement communautaire, il utilise chaque occasion possible pour élargir les horizons de ses élèves.

La technologie offre des moyens d'atteindre des résultats sous un nouveau jour, conclut Jay Willman. Affirmant avoir pour but de maximiser l'effet qu'il peut avoir sur le nombre maximum d'élèves, tous les jours, M. Willman utilise la technologie vidéo pour rehausser un cours d'art dramatique appelé Community Action. Les élèves créent et présentent des pièces qui traitent des enjeux cruciaux pour la jeunesse urbaine.

Ainsi, pour un cours de Community Action portant sur l'inhalation de colle, M. Willman et ses élèves ont filmé un groupe d'aînés autochtones expliquant pourquoi les jeunes ne devraient pas inhaler. Il a donné une forme de tipi à l'écran et y a fait asseoir le public. « Lorsque notre personnage s'est vu offrir l'occasion d'inhaler, les visages et les voix des aînés l'ont entouré, pour lui dire pourquoi il ne devrait pas agir ainsi. Ensuite, le narrateur s'est transformé en aigle et s'est envolé. On pouvait voir l'impact sur les enfants. C'était très puissant. »

Cette capacité d'émouvoir les gens est peut-être la plus grande force de la technologie, dit Carol Ann Telford. Utilisée à bon escient, la technologie moderne appuie et favorise de nombreux modes d'apprentissage, et l'apprentissage peut aller au-delà de la salle de classe.

Mona MacDonald, de la West Pictou Consolidated School, en Nouvelle-Écosse, affirme que la technologie peut aussi aider les élèves ayant des troubles d'apprentissage. Coordonnatrice du centre d'apprentissage de son école, elle a vu des textes de lecture obligatoire sur bande audio aider les élèves dyslexiques à atteindre le même niveau que leurs condisciples, tandis que des scanners stylos équipés de logiciels de synthèse vocale aident les élèves qui ont de la difficulté à lire et à acquérir du nouveau vocabulaire. Des logiciels interactifs qui permettent aux enfants de travailler la matière à leur propre rythme, plus lentement ou plus rapidement que autres élèves, donnent aux enfants confiance en leurs capacités d'apprentissage.




Alors, tout va pour le mieux dans le domaine de la technologie? Comme quiconque a utilisé un photocopieur le sait très bien, lorsque les procédures ou les restrictions imposées par la machine prennent le pas sur les besoins de l'utilisateur, la technologie peut être tout sauf conviviale.

Les ordinateurs ne sont pas toujours l'outil d'apprentissage le plus adéquat pour la tâche, souligne Lindsay Johnston, de la Calgary Science Centre School à Calgary, en Alberta. « Lorsque j'élaborais le programme d'études de la Science Centre School, j'ai acheté cinq ordinateurs parce que tout le monde présumait que nous en avions besoin, rapporte-t-elle. On ne s'en sert presque jamais. Les enfants sont beaucoup plus intéressés à construire des modèles et à nourrir les animaux. »

Les écoles peuvent entrer dans une course aux ordinateurs, affirme M. Gallagher; elles concurrencent pour obtenir du prestige et des élèves en achetant un plus grand nombre d'ordinateurs plus performants sans vraiment savoir comment ils s'inséreront dans le programme d'études. Une telle démarche peut priver d'argent et d'attention d'autres outils d'apprentissage aussi efficaces.

La technologie peut également entraver l'habilitation des élèves. Le programme d'études exige souvent le recours à du matériel coûteux, tel que des calculatrices à capacité graphique. On s'attend à ce que les élèves achètent eux-mêmes ce matériel. Ceux qui ne peuvent le faire sont laissés pour compte.

Chez les jeunes élèves, l'acquisition de compétences informatiques peut retarder ou restreindre l'acquisition d'autres compétences tout aussi importantes telles que la dextérité manuelle, la lecture et la visualisation. Sharon Davis, de la Jack Hulland Elementary School à Whitehorse, au Yukon, parle de jeunes tellement habitués à utiliser un clavier qu'ils arrivent à l'école incapables d'utiliser un crayon à dessiner ou un simple crayon.




« La technologie offre des moyens d'implanter de nouvelles idées et de présenter l'apprentissage sous un nouveau jour, conclut M. Willman. En utilisant bien la technologie, nous pouvons joindre tous les élèves, peu importent leurs aptitudes et leurs antécédents. »

« Et les aider à atteindre de nouveaux plateaux en éducation, qu'ils n'auraient pas nécessairement pu atteindre auparavant, ajoute Carol Ann Telford. La technologie offre l'occasion d'établir un lien entre nos cours et la réalité, et de préparer les élèves à la nouvelle économie. »

Selon M. Gallagher, on verra bien où tout cela nous mènera. Ce sont les élèves qui sont aujourd'hui à la maternelle, ceux qui grandiront dans ce nouveau milieu éducatif assorti d'un apprentissage à niveaux multiples ainsi que différents modes et stratégies d'apprentissage qui pourront l'exploiter au mieux. « D'ici là, plutôt que de considérer la technologie comme une amie ou une ennemie, nous pourrions la voir comme un défi. »