Prix du Premier ministre pour l'excellence dans 
l'enseignement

À les murs


Offrir aux enfants des occasions d'apprendre et de grandir

On parle presque tous les jours de l'éducation dans les actualités; ce sujet préoccupe profondément les Canadiens. Les enjeux sont très politiques, les gouvernements, les enseignants et le grand public se confrontant sans cesse au nom de la qualité de l'éducation. Dernièrement, même le monde des affaires s'en est mêlé, étant donné que les partenariats entre le secteur privé et le secteur public gagnent en popularité dans le domaine de l'éducation.

Mais, au fait, qu'en est-il de l'éducation? Pourquoi tout ce tapage?

Certains diront que l'école primaire et secondaire devrait enseigner aux enfants à lire, à épeler et à faire des divisions compliquées, qu'on devrait peut-être aussi leur faire lire Les raisins de la colère et leur montrer à calculer le volume d'un cône.

Si vous posez la question aux enseignants, cependant, ils vous répondront qu'ils ne font pas qu'enseigner le programme. À la limite, la société a besoin du système d'éducation et des enseignants pour aider à préparer les jeunes au reste de leur vie, qu'ils poursuivront bien longtemps après être sortis de l'école.

George Findlay

George Findlay

George Findlay pratique une politique de portes ouvertes pour ses anciens élèves. Il estime essentiel qu'ils sachent que « cette classe » est toujours « leur classe »; il garde donc à portée de la main des souvenirs de chaque classe pour ses visiteurs. Car les élèves lui rendent effectivement visite - amenant même parfois leurs propres enfants. Ce sont des moments comme ceux-là, explique M. Findlay, qui aident les enseignants à prendre conscience de tout ce qu'ils peuvent faire. « C'est durant ces conversations que je constate que j'ai choisi la bonne profession. »

« J'essaie de sortir mes élèves de la classe autant que possible. »

Un jour ou l'autre, tous les lauréats des Prix du Premier ministre finissent par prononcer ces paroles ou d'autres du genre. Et cela ne veut pas seulement dire que ces enseignants aiment faire des sorties. Un sens plus profond sous-tend cette affirmation : il faut offrir aux élèves tout un monde de possibilités.

Au moment même de leur existence où ils ont besoin de découvrir l'éventail de possibilités que leur offre la vie tout autant que leur incroyable potentiel, les enfants sont pris dans une routine de traitement des faits, explique George Findlay, qui enseigne aux élèves de 6e, 7e et 8e années (années de transition) à la Princess Elizabeth Public School à Windsor, en Ontario.

M. Findlay essaie d'expliquer le sentiment qu'il perçoit dans les yeux de trop d'enfants - le sentiment qu'ils seront prisonniers de la routine scolaire jusqu'à l'âge de 17 ou 18 ans, routine qu'ils quitteront ensuite pour en adopter une autre pour le reste de leurs jours, celle du marché du travail. « Les enfants de 8e année savent que la vie est souvent difficile, dit M. Findlay. Ils peuvent voir leur vie se dérouler devant eux et ils ont besoin qu'on les aide à trouver des possibilités. Je tente de leur donner de l'espoir. »

Pour M. Findlay, l'espoir et les occasions se trouvent à tous les coins de rue - même au terrain de camping local. « Cela peut sembler facile et même un peu bête d'amener une classe camper durant trois jours, dit-il, mais les avantages sont énormes. » Les enfants peuvent apprendre beaucoup de choses en dehors du programme scolaire quant au travail d'équipe et à la capacité de tirer profit de leur expérience personnelle, explique-t-il. « Pour les élèves de mon école, aller camper ou visiter un grand édifice du centre-ville, payer soi-même son repas et calculer le pourboire dans un restaurant peuvent représenter des expériences très éducatives. »




Lindsay Johnston

Lindsay Johnston

Montrez les yeux d'une vache aux enfants, dit Lindsay Johnston, et ils vous diront « dégueu ». Montrez-leur comment disséquer cet oeil et ils diront « super ». Les projets comme ceux-là éveillent l'esprit des enfants aux merveilles et aux mystères du monde naturel. En faisant ce genre de chose assez souvent, on les incite à entreprendre une mission de toute une vie : prendre conscience de ce qui se passe autour d'eux et le comprendre. Cela peut enrichir leur existence et les aider à se voir comme participants et non comme simples témoins.

Le travail de Lindsay Johnston à la Calgary Science Centre School ouvre aussi tout un monde aux élèves du primaire - le monde de la science. Des enseignants du primaire et leurs élèves de partout à Calgary viennent passer une semaine au centre pour explorer les sciences, loin de la cloche de l'école et des périodes fixes (voir Des lieux d'apprentissage informels).

Selon Mme Johnston, ce que l'enfant peut apprendre de plus important à l'école primaire au sujet de la science, c'est qu'elle est accessible. Dans l'environnement étroitement contrôlé de la salle de classe classique, les élèves apprennent trop souvent que les sciences sont quelque peu hermétiques. « Pouvez-vous imaginer des élèves de 10 ans ne se croyant pas capables de faire des sciences? » demande-t-elle, incrédule. C'est malheureusement ce qu'elle a déjà entendu. Et c'est pour contrer cette impression qu'elle travaille à la Science Centre School - un milieu d'apprentissage très peu classique.

Ce qui a ouvert les yeux de Mme Johnston, c'est une visite de sa classe (elle-même enseignait au primaire avant d'être détachée au Science Centre) au zoo, dans le cadre d'un programme scolaire, il y a des années. Elle s'est concentrée toute l'année sur du matériel relié à cette visite des enfants au zoo. « Cette expérience a été le point culminant de ces enfants au primaire », se souvient Mme Johnston, souriant et éclatant de son rire communicatif.

L'année suivante, Mme Johnston cherchait un autre centre d'intérêt et elle l'a trouvé à deux pas de sa cour : un espace vert à un kilomètre de l'école. Elle et ses élèves l'ont adopté pour l'année. Ils y ont étudié la faune et la flore, y ont pratiqué la marche et la bicyclette, puis y ont pique-niqué, en apprenant à en connaître les moindres recoins. Lorsque l'éventualité de donner un caractère plus commercial à cet espace a suscité des différends dans la localité, les élèves se sont plongés dans l'étude des enjeux sociaux tels que l'utilisation des sols en milieu urbain. Malgré leur jeune âge, les élèves ont commencé à constater que ce qu'ils apprenaient et la façon dont ils l'apprenaient les branchaient sur le « vrai » monde. Les portes ont commencé à s'ouvrir.




Renee Boyce

Renee Boyce

Renee Boyce a toujours adoré la physique au secondaire, à l'université et, surtout, en tant qu'enseignante. Elle a d'emblée compris l'importance de partager cet amour et cet enthousiasme. Sa carrière est un cheminement ininterrompu vers la création d'un programme qui donne aux élèves le goût d'apprendre la physique - un programme où cette matière occupe une place de choix et se laisse découvrir avec plaisir.

Renee Boyce s'inquiète aussi de l'accessibilité lorsqu'elle accueille les élèves au secondaire. Elle a constaté que les élèves qui arrivent à son école, le Bishops College à St. John's (Terre-Neuve-et-Labrador), ont l'impression que seuls les plus brillants élèves devraient étudier la physique. À l'instar de Mme Johnston, Mme Boyce a découvert avec étonnement que certains enseignants du primaire disaient aux élèves de niveaux inférieurs qu'ils n'étaient pas assez bons pour apprendre la physique. C'est ce qui l'a forcée à réagir sans tarder et à imprimer une brochure pour dire aux élèves exactement ce dont ils ont besoin et les pousser à « faire de la physique ».

Mais la physique n'est-elle pas ardue? Elle peut l'être en effet, dit Mme Boyce, fidèle apôtre de la matière, « mais le mystère qui entoure la physique - Newton, Einstein et Hawking farfouillant dans les fondements de l'univers - est justement ce qui passionne les enfants, les émerveille, les motive à en maîtriser les concepts ainsi que les éléments mathématiques. »

Et comment Mme Boyce fait-elle naître cet émerveillement? En sortant les enfants de la classe pour les amener dans le « vrai » monde, celui qui a mené les scientifiques à poser des questions. Ses élèves étudient la navigation sur le pont d'un navire océanographique, par exemple, tout en étudiant les fonds et les courants marins.

Tous les enseignants jouissent de telles possibilités dans leur propre ville, ajoute Mme Johnston. « L'obstacle principal réside dans le fait de croire que l'éducation doit se faire entre les murs d'une classe. »

Et aussi que l'enseignant est l'unique source de savoir. À mesure que grandissent les élèves, ils s'intéressent à des sujets qui peuvent dépasser les connaissances de l'enseignant. Selon Mme Boyce, il est essentiel non seulement de permettre aux élèves de sortir de l'école mais aussi de les y encourager activement. Elle cite l'exemple d'une élève qui s'intéressait à la sonoluminescence dans le cadre d'un projet scientifique (la sonoluminescence est un phénomène où certains types de bulles dans des liquides émettent de la lumière lorsqu'elles sont soumises à des vibrations ultrasonores; les scientifiques n'ont qu'une compréhension sommaire du phénomène).

Le projet exigeait une réflexion de haut niveau ainsi que de l'équipement que le Bishops College ne possédait pas. Mme Boyce a donc organisé une rencontre entre son élève et un professeur de l'université de la localité. Deux fois par semaine, durant toute la durée du projet destiné à une expo-sciences, l'élève s'est rendue à l'université et elle a réalisé son projet sous la supervision du professeur.




Même à des niveaux moins pointus, une matière comme les sciences, ou n'importe quelle autre matière en l'occurrence, peut s'avérer très émancipatrice pour les élèves, dit Mme Johnston. Les élèves ne deviendront peut-être pas des scientifiques mais ils peuvent apprendre des leçons très profitables sur l'exploration puis sur la façon de trouver et de consulter des experts - qui sont toutes des choses qui les aideront à mieux fonctionner dans la vie.

Au moment même où les élèves déploient leurs ailes, cependant, ils peuvent voir par ailleurs certaines portes se fermer, dit George Findlay. Peut-être n'ont-ils pas la force, la vitesse ou la taille requises pour pratiquer certains sports. Peut-être peuvent-ils jouer d'un instrument de musique sans pouvoir atteindre les niveaux d'habileté de certains autres élèves.

Nombre d'adultes succombent à la tentation de dire aux enfants qu'ils peuvent faire tout ce qu'ils veulent au lieu de les aider à découvrir leurs vraies forces, ajoute M. Findlay. Cela ne sert qu'à troubler les enfants qui cherchent à se faire raconter un conte de fées. « On ne peut mentir aux enfants à propos de ces choses », ajoute-t-il. Ancien contestataire des années 1960, M. Findlay se souvient très bien de la facilité avec laquelle les enfants écarteront les adultes qui « en mettent trop ». « Leur vie est difficile, parfois bien davantage que la nôtre à leur âge. En tant qu'enseignant, je peux et je dois leur montrer comment ouvrir des portes grâce à de nouvelles compétences et à la nouvelle technologie lorsque les murs semblent se refermer sur eux. »

Et, à la limite, c'est là tout le sens de l'éducation. Selon Mme Johnston : « Le rôle d'un enseignant est de créer des possibilités, d'agir en facilitateur. Lorsqu'on nous demande de satisfaire aux exigences de personnes de l'extérieur - qu'il s'agisse de fonctionnaires du gouvernement ou du conseil scolaire, de parents, de citoyens ou d'employeurs - nous devons chercher l'équilibre entre ces exigences et le droit des élèves de bénéficier d'un enseignement significatif et non fragmenté, relié au monde qui les entoure. »