Prix du Premier ministre pour l'excellence dans 
l'enseignement

Sociabilité 101 : un cours qui s'ajouterait au programme d'études?

Les enfants apprennent bien plus de choses à l'école que l'orthographe de « Saskatchewan » et les équations quadratiques. Ils apprennent aussi à vivre en société. Ces compétences, que l'on appelle « sociabilité » ou « aptitudes sociales », ils les acquièrent comme ils acquièrent toutes les autres, en faisant des expériences dans un milieu encadré.

Les aptitudes sociales sont un peu comme l'air que nous respirons : ce n'est généralement que lorsqu'elles nous manquent que nous les remarquons. L'absence de manières d'une personne est bien plus évidente que son manque de connaissances, et nous avons davantage tendance à nous rappeler la politesse et la gentillesse d'une personne que la liste de ses diplômes.

On peut donc se demander lesquelles des aptitudes sociales ou des connaissances théoriques sont les plus importantes. Selon Carmie MacLean, qui enseigne à la Tusarvik School de Repulse Bay (Nunavut), les deux forment un tout. Les cours théoriques sont une porte ouverte sur le monde pour les élèves de ce village isolé. « Une fois qu'ils ont compris l'importance des connaissances et les choix qui s'offrent à eux, explique-t-elle, ils comprennent aussi que les gens ont des comportements différents. » Dès qu'ils commencent à prendre leurs propres décisions, l'acquisition des aptitudes sociales nécessaires n'est jamais loin derrière.

La sociabilité permet l'intégration au groupe, dit Mme MacLean, et fait naître un sentiment d'appartenance. Elle ne se limite pas à une façon de parler ou à des comportements précis, mais englobe également la compréhension et la reconnaissance des normes et des attentes sociales. Notre culture est à l'origine d'un grand nombre de nos comportements (par exemple, une personne dont la culture n'accorde pas beaucoup d'importance à l'espace personnel aura tendance à se tenir très près, voire trop près des autres). Celui qui n'est pas conscient des différences culturelles peut être perçu comme une personne impolie ou insensible et, pire encore, être banni du groupe.

Kathy Forsythe-Lantz, enseignante à l'école Waterloo-Oxford District Secondary School de Baden (Ontario), a une vision un peu différente des choses. Elle croit que pour les élèves des programmes d'autonomie fonctionnelle et d'alternance travail-études, les aptitudes sociales revêtent autant d'importance que les connaissances théoriques. Un élève en difficulté ne pourra peut-être jamais maîtriser les notions d'algèbre, mais pourra certainement apprendre à bien se comporter au travail, à nourrir des amitiés et à entretenir des relations cordiales avec les gens.

Selon l'enseignante, les aptitudes sociales nous permettent de nous protéger et de composer avec une situation qui ne nous est pas familière. La vie de tous les gens, et non seulement des élèves en difficulté, est une série de nouvelles expériences, de nouvelles rencontres, de nouvelles interactions et de nouvelles relations. Pour Mme Forsythe-Lantz, être sociable, c'est pouvoir combler ses besoins tout en comblant ceux des autres, c'est pouvoir naviguer en sécurité dans des eaux inconnues.

Mesdames MacLean et Forsythe-Lantz croient toutes les deux que la sociabilité repose sur la confiance en soi et la maîtrise de ses émotions, et qu'elle dépend de notre définition d'une « bonne personne » et de notre conviction d'en être une. Les personnes qui s'aiment sont plus aimables. « Nous ne sommes d'aucune utilité pour les autres si nous ne sommes pas de bonnes personnes », affirme Susan Quinn de la Holy Heart of Mary Regional High School de St. John's (Terre-Neuve-et-Labrador).

Il n'existe aucun cours intitulé « Sociabilité 101 ». Comment l'école peut-elle enseigner ces aptitudes essentielles aux enfants? L'interaction en classe et dans la cour de récréation remplit la plupart des besoins dans ce domaine. Mais les enfants peuvent être très cruels envers leurs camarades, et les enseignants doivent souvent corriger les attitudes erronées que développent leurs élèves au cours de ces interactions. Les enseignants et les directeurs d'école ont de plus en plus recours à un code pour faire connaître clairement les normes à respecter et les comportements qu'ils attendent des élèves.

La plupart des gens ont déjà rencontré un médecin ou un avocat qui se comporte comme un enfant mal élevé. Les enfants dont les capacités intellectuelles évoluent plus vite que leur développement affectif ont souvent beaucoup de difficulté à se comporter correctement. Leurs camarades de classe les rejettent à cause des comportements qu'ils trouvent puérils (bien que ces comportements soient conformes à l'âge de ces enfants), tandis que les enfants de leur groupe d'âge les rejettent à cause de leurs capacités intellectuelles. Malheureusement, certains enfants doués se soustraient à ce dilemme en cachant ces capacités ou en n'y faisant plus appel.

Si les aptitudes sociales sont apprises principalement dans le contexte d'une expérience encadrée, il nous faut fournir le plus d'occasions possible aux enfants d'apprendre à s'entendre avec les autres, à rehausser leur confiance en eux et à maîtriser leurs émotions. Selon Mmes Quinn et Forsythe-Lantz, la musicothérapie et le mentorat constituent deux excellents moyens d'enseigner la compassion, la patience et la compréhension aux enfants doués qui ont des talents musicaux. Dans le cas des élèves en difficulté, ces deux types d'intervention aident à multiplier les séances de tutorat et les interactions sociales tout en étant des renforcements positifs. Les Jeux olympiques spéciaux, le tutorat par les pairs et la formation professionnelle (s'il y a surveillance soutenue et rétroaction continue, avertit Mme Forsythe-Lantz) sont une source d'expérience et de formation dans un des domaines les plus importants qui soient.