Tout le monde a besoin de savoir communiquer
- Quels sont les attributs d'un bon communicateur et comment s'y prend-on pour aider les élèves à les développer?
- Processus et contenu

Il fut un temps où une jeune personne ambitieuse n'avait besoin pour réussir que d'une certaine dextérité manuelle, de la capacité de mémoriser les chants et les récits de sa tribu, et d'une connaissance suffisante du dialecte des habitants du village voisin pour commercer avec eux.
Les jeunes d'aujourd'hui ont besoin de bien plus. La mémorisation et le simple transfert d'information, s'ils l'ont déjà été, ne sont plus suffisants. En effet, la jeune personne ambitieuse de notre siècle doit non seulement savoir lire et écrire dans différents médias, mais apprécier d'autres points de vue, assimiler rapidement de nouvelles connaissances à partir de sources variées, en tirer des conclusions éclairées et les communiquer efficacement à son entourage.
Les enseignants sont unanimes : savoir communiquer, c'est-à-dire s'exprimer avec clarté et concision, et comprendre, analyser et utiliser l'information reçue, sont essentiels au succès à l'école et dans la vie.
« Savoir communiquer est réellement important pour tout le monde », affirme Claire Frankel-Salama, qui enseigne le français et l'espagnol, ainsi que l'économie et l'histoire en français au Bishops College de St. John's (Terre-Neuve-et-Labrador). Elle souligne que la mondialisation de l'économie et les technologies de communication modernes nous plongent tous — que nous soyons des scientifiques, des fonctionnaires ou des chefs d'entreprise — dans un milieu multiculturel, polyglotte et planétaire. Nous ne pouvons plus rien tenir pour acquis, même pas la supposition que notre interlocuteur a compris notre message.
Wendy Van Haastregt, qui enseigne les sciences à la Burnsview Junior Secondary School de Delta (Colombie-Britannique), souligne à son tour qu'à cause du pluriculturalisme croissant dont nous sommes témoins dans les écoles, il n'est pas rare que trois « langues maternelles » ou plus soient représentées au sein d'une classe. Il n'est plus possible de croire que tous les élèves comprennent une leçon de la même façon.
Quels sont les attributs d'un bon communicateur et comment s'y prend-on pour aider les élèves à les développer?
Il va sans dire que savoir communiquer dépasse la simple capacité de parler et d'entendre. Mais quels sont les autres attributs d'un bon communicateur? Les compétences en communication sont-elles des ensembles de connaissances tangibles que l'on peut enseigner telles quelles, par exemple l'orthographe et les règles de ponctuation, ou s'agit-il de notions abstraites que les enfants assimilent en apprenant autre chose? Que peuvent faire les enseignants pour former de bons communicateurs?
Marlene Walther, qui enseigne la conception technologique et l'anglais des affaires au Westgate Collegiate and Vocational Institute de Thunder Bay (Ontario), croit qu'il est possible, et souhaitable, d'enseigner la communication comme toute autre matière. Selon elle, l'apprentissage authentique représente la meilleure méthode pour le faire. « Il n'est plus suffisant de s'en tenir à l'enseignement des règles d'orthographe et de ponctuation, explique-t-elle. Il faut que les élèves puissent les appliquer. »
Madame Walther croit que les compétences suivantes sont essentielles à une bonne communication :
- savoir lire et analyser ce que l'on lit;
- savoir écrire et employer différents styles selon le contexte;
- savoir faire de la recherche dans diverses sources, y compris savoir mener des interviews;
- savoir appliquer les règles de grammaire, d'orthographe et de ponctuation;
- savoir s'autocritiquer et accepter les critiques des autres, et être en mesure de planifier son perfectionnement.
Pour Barry Lindahl, qui enseigne les sciences sociales et l'histoire à la West Vancouver Secondary School de Vancouver-Ouest (Colombie-Britannique), les compétences de base en communication sont la lecture, l'écriture et l'écoute. Cependant, la liste complète est trop longue et il serait impossible d'enseigner aux élèves tout ce qu'ils doivent savoir au sujet de la communication en une seule année scolaire. Comme il faut plusieurs années pour maîtriser sa langue maternelle, il faut aussi du temps pour acquérir toutes les compétences en communication, et pour les parfaire et les compléter. Monsieur Lindahl croit aussi que certains attributs d'un bon communicateur sont abstraits et ne peuvent être acquis qu'au cours de l'apprentissage d'autres matières. Comme il l'explique : « Un cours d'éducation physique favorise l'esprit d'équipe et la collaboration. Ce sont des habiletés importantes en communication, mais elles n'améliorent en rien la syntaxe. »
Monsieur Lindahl ajoute qu'il n'y a pas de façon idéale d'enseigner ces compétences, bien que certaines évidences s'imposent :
- Les gens apprennent mieux lorsqu'ils s'amusent.
- Une récompense authentique est plus efficace qu'une promesse qu'on ne tient pas. (L'enseignant ajoute que les stagiaires apprennent vite cette vérité.)
- Si les élèves croient qu'ils peuvent réussir et savent comment y arriver, ils voudront généralement exceller.
- Lorsque le cours est intéressant, les élèves sont tout ouï;e. Lorsqu'il est ennuyant, on pourrait entendre une mouche voler tant les élèves dorment profondément!
- L'émotion est l'un des moteurs de la mémoire. Nous nous rappelons tous très clairement nos moments de colère, de joie ou de peine.
Madame Frankel-Salama ajoute que l'apprentissage d'une langue seconde peut améliorer la maîtrise de la langue maternelle en faisant valoir l'importance fondamentale de la grammaire, et en aidant l'apprenant à former et à organiser ses idées afin de pouvoir les exprimer. Là encore, certains avantages ne se font sentir qu'à plus long terme. « La langue est un système de communication, explique l'enseignante. Une fois que l'apprenant assimile cette notion, il peut apprécier sa langue maternelle à sa juste valeur. » (Voir « L'apprentissage d'une autre langue est-il plus difficile avec l'âge? ».)
Tous ces enseignants soulignent que les élèves doivent aussi se rappeler que transmettre un message (comme écrire un article de journal, une composition ou une pièce en langue étrangère auquel leur enseignant peut accorder une note) n'est qu'un des attributs d'un bon communicateur. Les élèves doivent aussi trouver et assimiler de l'information.
Grâce aux technologies modernes, nos sources de renseignements ne se limitent plus à la collection de la bibliothèque publique. « Les élèves d'aujourd'hui savent recueillir de l'information dans plusieurs sources différentes », déclare Mme Frankel-Salama. En tant qu'enseignants, nous devons le reconnaître et nous adapter à cette nouvelle réalité. » L'enseignante ajoute que le marché du travail exige maintenant des gens qu'ils soient souples et adaptables, et qu'ils puissent trouver des solutions novatrices aux problèmes.
Les enseignants qui veulent à la fois exploiter la multiplicité des sources d'information et apprendre à leurs élèves à développer une pensée créatrice et indépendante peuvent, entre autres, concevoir des projets de recherche autonomes qui débouchent sur des travaux originaux. Le journal du Westgate Collegiate and Vocational Institute, Eye of the Tiger, en est un bon exemple. (Voir « De la théorie à la pratique ».)
Un projet de cette envergure et de cette complexité exige une organisation et une surveillance minutieuses de la part de Mme Walther. « Je ne sais jamais vraiment ce que fait chaque étudiant », explique-t-elle. C'est à eux d'acquérir les compétences dont ils ont besoin et de me tenir au courant de leurs progrès. » Bien que chaque élève remplit une fonction précise au sein de l'équipe de production, tous doivent tenir un journal et présenter un rapport hebdomadaire sur ce qu'ils ont appris et réalisé. « Certains élèves débordent d'enthousiasme et se jettent corps et âme dans le projet, tandis que d'autres ne font presque rien », dit Mme Walther, sourire en coin. L'évaluation de leur rendement a beau être subjective, je ne peux évaluer que ce que je vois. »
La rédaction du journal porte sur autre chose que les nouvelles. Étant donné qu'un bon communicateur doit pouvoir apprécier un point de vue qu'il ne partage pas, les élèves se penchent sur des questions d'ordre éthique portant, entre autres, sur le conflit entre le droit du public d'être informé et le droit des gens à leur vie privée, la valeur d'une nouvelle par rapport aux normes de la collectivité, la censure et la propriété intellectuelle. Une communication efficace dépend aussi de jugements constructifs, et le projet The Printing Press enseigne aux élèves à prendre des décisions éclairées, ajoute Mme Walther. « Ils doivent prendre de nombreuses décisions et je leur explique la méthode qui est appropriée dans chaque situation. »
Processus et contenu
Que nous en soyons conscients ou non, la communication efficace est une question de fond et de forme. La forme englobe la grammaire, la syntaxe, l'orthographe et la prononciation, bref, toutes les connaissances techniques sans lesquelles la meilleure idée au monde demeure inintelligible. Le fond désigne la pensée critique, l'analyse et l'organisation des idées. Sans fond, la forme devient insignifiante. Et sans forme, le fond ne rime à rien.
« Ma mission est d'apprendre aux enfants à intégrer les deux », dit M. Lindahl. Lorsqu'il a commencé à enseigner les sciences sociales, il a constaté que bien que ses élèves semblaient comprendre la matière, leurs travaux écrits n'en laissaient rien voir. « Quelle frustration!, ajoute-t-il. J'étais obligé de leur donner de mauvaises notes malgré tout le travail qu'ils faisaient. »
Monsieur Lindahl présente à ses élèves des travaux de rédaction bien structurés pour les aider à relever leurs phrases incomplètes, leurs paragraphes décousus et leurs conclusions non étayées. Il s'agit de leur en donner l'occasion et de les encadrer pour qu'ils apprennent à rédiger, à lire avec un esprit critique et à corriger leurs travaux jusqu'à ce qu'ils soient parfaits. En prime, M. Lindahl peut alors évaluer leur compréhension de la matière et leurs conclusions sans avoir à surmonter l'obstacle que représente un texte mal écrit. Et ses élèves acquièrent les compétences dont ils ont besoin pour faire leurs recherches, planifier et rédiger une dissertation substantielle et complexe, tout en se renseignant sur l'actualité mondiale. (Voir « Savoir prendre des notes et rédiger un texte : des habiletés interreliées et irremplaçables », ci-contre.)
Clarence Button, enseignant en sciences et en technologie à la O'Donel High School de Mount Pearl (Terre-Neuve-et-Labrador), offre une formation semblable en rédaction à ses élèves. Selon lui, « Ce que nous entendons, nous l'oublions; ce que nous voyons, nous le retenons; ce que nous faisons, nous le comprenons », et ses cours reflètent sa façon de voir. Les élèves de M. Button rédigent des demandes de financement pour des expériences scientifiques qu'ils veulent réaliser en classe, rédigent des rapports techniques sur les résultats de ces expériences et présentent leurs conclusions à leurs camarades. (Voir « Concision et clarté ».)
Les lauréats des Prix du Premier ministre de 2000-2001 sont unanimes : acquérir les compétences qu'il faut pour savoir communiquer efficacement est bien trop important pour être tenu pour acquis ou laissé au hasard.
Madame Frankel-Salama explique que l'acquisition de meilleures compétences se reflète dans toutes les activités des élèves. Les progrès qu'ils font dans ses cours de français et d'espagnol, ils les font aussi dans les cours d'anglais. Les élèves de M. Lindahl se servent de leurs nouvelles compétences en rédaction et en recherche dans d'autres cours, et ces compétences continueront à bien les servir à l'université, au collège ou sur le marché du travail. Tous les élèves de la classe de Mme Walther, du rédacteur en chef au graphiste, sont conscients que savoir communiquer est un gage de succès à l'école et dans la vie.