La classe du 21e siècle : un modèle de tolérance

Il n'y a pas si longtemps, la plupart des écoles canadiennes étaient très homogènes, et ceux qui ne ressemblaient pas à la majorité, par exemple à cause de la couleur de leur peau, de leurs croyances ou d'un handicap, étaient facilement repérables.
La situation a beaucoup changé. Plus souvent qu'autrement, les salles de classe du nouveau millénaire sont une mosaîque d'appartenances culturelles, de croyances et d'habiletés. On pourrait croire que cette diversité aurait fait de la tolérance une seconde nature, mais hélas, ce n'est pas le cas. Au contraire, la promotion de la tolérance, et du sens civique qu'elle sous-tend, est plus difficile que jamais.
« Les apprenants et les enseignants du 21e siècle savent que la citoyenneté et l'identité sont des questions de plus en plus complexes » explique Lola Major, qui enseigne les sciences sociales au Lethbridge Collegiate Institute de Lethbridge (Alberta). En 30 ans de carrière, elle a vu la composition de ses classes se modifier en profondeur, une expérience que partagent de nombreux lauréats des Prix du Premier ministre de 2000-2001.
Cette complexité se traduit par la multiplication des influences sur les apprenants. Selon Mme Major, « la tolérance est le résultat des relations qu'entretiennent les élèves avec les gens de leur milieu familial, social, physique, spirituel, culturel, économique, politique et technologique ». Vu que l'on retrouve des éléments de tous ces milieux en classe, « il est impossible de savoir si la tolérance se développera naturellement dans des classes multiculturelles ».
Donc, comment les enseignants doivent-ils aborder la question de la tolérance, de la diversité et du civisme?
Madame Major, pour sa part, croit que la réponse passe par la pensée divergente. « Dans mes cours de sciences sociales, j'aide les élèves à découvrir différents points de vue et à effectuer une analyse critique de toute l'information disponible, ce qui favorise leur ouverture d'esprit. À l'âge adulte, ils seront mieux préparés à composer avec la diversité. »
Le programme d'études de l'Alberta est d'une aide précieuse pour Mme Major. Il prévoit l'étude des valeurs, des droits, et des obligations liés à la citoyenneté et à la participation à la vie collective en préconisant l'adoption d'une approche pluridisciplinaire qui initie les élèves à diverses notions : la culture et la communauté, le territoire, les gens, le pouvoir, l'autorité, la prise de décisions et la mondialisation.
Les élèves participent à une gamme variée d'activités civiques et antiracistes, tant en classe que dans la collectivité. Ce qu'ils apprennent de cette façon ressort clairement dans les compositions sur ce que représente pour eux la citoyenneté canadienne, que l'enseignante leur demande de rédiger tous les ans. Il n'y a qu'à lire ce qu'un finissant a écrit pour en être convaincu :
« Je suis libre de m'exprimer. Je n'ai pas peur d'être persécuté à cause de mon individualité. Je sais qu'on respectera mes valeurs et mes croyances, pour autant que je respecte celles des autres. Lorsque je me promène dans une rue achalandée, je suis intrigué par la diversité dont je suis témoin. On m'a appris à accepter les différences, et à apprécier la diversité. »
Ce sont là de bien sages propos venant d'un adolescent. Des propos inspirés sans aucun doute par Mme Major. Avec ses chandails « Je suis fier d'être Canadien » et ses manières chaleureuses et inclusives, elle est l'exemple vivant de la tolérance qu'elle aide ses élèves à acquérir.
La modélisation du comportement, c'est-à-dire l'enseignement par l'exemple, a suscité l'intérêt d'autres lauréats des Prix du Premier ministre.
« Il est inutile d'enseigner la tolérance aux élèves alors qu'ils ont le don de détecter chez leur enseignant un certain favoritisme, une façon différente de traiter certains élèves ou un manque d'uniformité dans le respect qu'il leur porte », explique Carmie MacLean, enseignante de 6e année à la Tusarvik School de Repulse Bay (Nunavut). Il est intéressant de noter que les convictions de Mme MacLean ont été mises à rude épreuve dans sa classe : même si tous ses élèves sont Inuits, ils n'ont pas échappé aux hiérarchies et aux cliques.
Les élèves en difficulté de la classe de Kathy Forsythe-Lantz, qui enseigne à la Waterloo-Oxford District Secondary School de Baden (Ontario), ont tous des niveaux d'habileté différents. Elle est donc appelée régulièrement à enseigner la tolérance et à prêcher par l'exemple, ce qu'elle fait avec délicatesse et gentillesse. Elle a préparé ses élèves à la venue d'un jeune Somalien en leur montrant une vidéo sur la géographie, la musique et les habitants de ce pays africain, en préparant des plats somaliens et en leur apprenant des phrases dans la langue du garçon. Les élèves ont souhaité la bienvenue à leur nouveau camarade en somali et l'ont accepté d'emblée au sein de la classe.
Barry Lindahl, qui enseigne les sciences sociales à la West Vancouver Secondary School de Vancouver-Ouest, croit que la tolérance et la compréhension passent par la sensibilisation. « La sensibilisation peut aider les élèves à se mettre dans la peau d'un autre. Cette expérience troublante peut les endurcir ou les sensibiliser et, dans le second cas, les mener à la tolérance. »