Prix du Premier ministre pour l'excellence dans 
l'enseignement

Qu'est-ce qu'une éducation canadienne?


« Ô Canada »

Qu'est-ce qu'une éducation canadienne?« Je me le suis longtemps demandé, déclare Valerie Pike, et jusqu'à présent j'ai plus de questions que de réponses. »

Valerie Pike apporte une perspective intéressante à cette question. Réfléchie, curieuse et immensément intéressée au processus d'apprentissage, elle a mis au point un programme d'études internationales au Prince of Wales Collegiate, à St. John's (Terre-Neuve-et-Labrador). Le programme actuel a deux composantes : un cours d'études internationales qui comprend un volet d'immersion linguistique et culturelle à Cuba, et un cours d'études russes qui inclut un volet semblable en Russie. Durant ses voyages avec ses élèves, Valerie Pike a pu constater de visu la différence dans l'éducation des jeunes des différents pays.

Ainsi, pendant le voyage à Cuba, on a demandé aux élèves canadiens de choisir un nom canadien pour un parc devant commémorer leur visite. Les élèves ont trouvé cette tâche difficile. Ils ont dû chercher, dans leur bagage commun de connaissances, des repères historiques et culturels susceptibles de définir notre pays, puis faire un choix pertinent. Par ailleurs, les élèves de Mme Pike ont été frappés par le fait que leurs amis cubains semblaient avoir une compréhension et une connaissance plus approfondies de l'histoire et de la culture de leur pays.

« Un des buts premiers de notre système d'éducation ne devrait-il pas être d'amener les jeunes à comprendre et à connaître leur pays et son rôle dans le monde? » Valerie Pike ajoute : « L'éducation canadienne devrait chercher à former des citoyens fiers et renseignés, et non seulement des travailleurs. »




« Terre de nos aïeux »

« Mais en même temps, une éducation canadienne doit être plus que simplement un contenu canadien », insiste Mike Hussey, qui enseigne l'anglais au Marc Garneau Collegiate Institute, à Toronto.

« Le fait de grandir au Québec m'a permis de bien comprendre notre histoire culturelle, dit-il, et de quelle façon les différentes traditions européennes se sont mariées à la géographie canadienne pour créer un caractère national unique. La voix du Canada devrait être la voix de la raison et la voix du sceptique qui dit : "Attendez, cela est insensé." »

La voix de Mike Hussey, elle, devient grave et passionnée quand il aborde ce sujet. Étant donné qu'il enseigne dans une école regroupant un vaste éventail de cultures, il est confronté tous les jours à l'idée de créer une éducation véritablement canadienne dans sa classe. Il encourage et cultive une pensée critique et autonome chez ses élèves grâce à des discussions, des débats et des travaux écrits qui les obligent à exprimer leur opinion sur des questions éthiques, tout en s'exerçant aux techniques de rédaction structurée. (Voir Une arrogance créatrice dans l'écriture).

Selon M. Hussey, plutôt que de chercher à transmettre un contenu canadien à tout prix, une éducation canadienne devrait comprendre des éléments qui encouragent l'émergence d'une voix canadienne et d'un sentiment de fierté à l'égard d'une nation qui permet l'exploration et la liberté de pensée. Un cours d'éthique devrait automatiquement faire partie de cette éducation. « L'étude de l'éthique, de la logique et de la pensée critique nous protège contre l'idiotie et les idées simplistes et à la mode. »




« Ton front est ceint de fleurons glorieux »

« Mais qu'en est-il de nos valeurs canadiennes? » demande Matt Dawber, qui enseigne la musique à la Sacred Heart Catholic High School, à Stittsville (Ontario), et qui fait partie de l'équipe Tech-Connect.

« Un élément de notre identité est notre tradition d'acceptation de la diversité culturelle, insiste-t-il tranquillement. C'est la promotion de la tolérance et de la conciliation qui nous distingue du reste du monde, et non notre géographie, la liberté de presse ou le contrôle constitutionnel de notre système parlementaire. Nous avons toujours défendu les faibles et les démunis. »

Selon Mike Hussey, une éducation canadienne devrait reconnaître ces traditions et en tirer parti. Elle devrait transmettre la conscience historique du vaste mélange de peuples qui a contribué à la création de notre pays, et instiller le respect d'autrui et la volonté d'apprendre l'un de l'autre. Les Canadiens inspirent le respect et la confiance partout dans le monde, et notre système d'éducation devrait préserver et renforcer cette réputation.

« Mais cette propension à la conciliation n'est pas toujours une bonne chose, ajoute Mike Hussey. Lorsque la tolérance devient de la permissivité, et que le multiculturalisme devient de la rectitude politique étouffante servant à limiter ce qu'un enseignant peut dire ou montrer, nous perdons de vue ce qui fait de nous des Canadiens, ce qu'est véritablement l'éducation et ce qu'est une éducation canadienne. Il est plus important de s'assurer qu'un élève sache lire que de surveiller ce qu'il lit, et il est plus important de savoir qu'il peut analyser une situation et raisonner que de savoir ce qu'il pense. »

« Tout à fait d'accord, intervient Helen Pat Hansen, une collègue de Matt Dawber à l'école Sacred Heart. Lorsque nous mettons l'accent sur nos diverses origines culturelles individuelles plutôt que sur le contexte canadien que nous partageons - et ceci s'applique aussi aux nouveaux Canadiens - nous perdons de vue ce que le Canada a à offrir. »

Si l'enseignement et la promotion de la tolérance, de l'acceptation, de l'honnêteté, de l'intégrité et de la justice préparent les élèves à être de bons citoyens du monde, ces éléments n'ont peut-être rien à voir avec le développement d'une éducation canadienne; c'est du moins l'avis de Jean-Daniel Roy, enseignant en 5e année à l'École Sainte-Anne, à Sherbrooke (Québec). « Souvent, les valeurs que nous pensons être typiquement canadiennes sont, en fait, celles qui, à nos yeux, devraient être des valeurs humaines universelles. »

« Et nous transmettons ces valeurs de toute façon, renchérit Carl Goulding, qui enseigne la musique à la Mount Pearl Intermediate School et à la Mount Pearl Senior High School, à Mount Pearl (Terre-Neuve-et-Labrador). Notre système d'éducation enseigne déjà ce qu'on appelle les valeurs canadiennes en inculquant à nos élèves la confiance, le sens des responsabilités et un solide ensemble de compétences relatives à l'employabilité. Ceci devrait être le but de tout cours ou de tout programme; nous n'avons pas besoin d'insister particulièrement sur l'orientation canadienne », poursuit M. Goulding.




« Une épopée des plus brillants exploits »

Que les enseignants s'entendent ou non sur la nécessité d'un programme d'études conçu pour favoriser les attitudes et les valeurs canadiennes, ils étaient unanimes à dire que notre système d'éducation devrait faire une plus grande place à l'héritage canadien et aux contributions du Canada dans le monde.

« Les Canadiens ont beaucoup de sujets de fierté », fait remarquer Matt Dawber en énumérant certaines des réalisations canadiennes : l'auteur de la Déclaration universelle des droits de l'homme était canadien, l'insuline et le vaccin contre la polio ont été mis au point par des Canadiens, et l'inventeur de l'heure normale était aussi un Canadien. Mais comment pouvons-nous transmettre ce sentiment de fierté à nos élèves?

« En saisissant chaque occasion de sensibiliser les élèves à la réalité canadienne au moyen du programme d'études », répond Ian Naisbitt de la Concord Public School, à Windsor (Ontario). Ian Naisbitt a mis au point des unités d'apprentissage en études sociales destinées aux élèves de 5e et de 6e année, dans le but de faire connaître non seulement l'histoire des Autochtones, mais aussi celle de l'exploration européenne. Il se sert de ces unités pour renforcer le travail de sensibilisation environnementale entrepris dans le cadre de son projet de mise en valeur des bassins hydrographiques.

« Il est également possible de répartir les leçons dans tout le programme d'études de manière à former une spirale, dit Ross Thompson, un autre enseignant en musique, mais à la New Minas Elementary School, à New Minas (Nouvelle-Écosse). Ainsi, on peut introduire la Charte canadienne des droits et libertés, en 1re année, puis y revenir chaque année, en élargissant et en approfondissant progressivement la compréhension qu'ont les élèves de son incidence sur leur vie et du modèle qu'elle constitue pour la défense des droits de la personne partout dans le monde. Des leçons comme celles-ci abordent une variété de facettes de l'éducation canadienne : fierté nationale, qualités civiques et contenu canadien. »

« Mais nous devons nous souvenir qu'il existe, dans notre pays, des différences régionales importantes qui sont au moins aussi importantes que ce qui nous distingue des autres pays, fait remarquer Valerie Pike. Le Canada n'est pas un pays homogène à cet égard. Si nous insistons trop sur un contenu canadien, nous risquons d'empêcher les jeunes de découvrir la mosaïque canadienne. »

« Il faut amener les jeunes à connaître le passé du Canada, propose Mike Hussey de la Marc Garneau Collegiate Institute. Pour diverses raisons, les élèves d'aujourd'hui n'ont pas de conscience historique; ils ne semblent pas comprendre que tout n'a pas commencé avec eux. Nous devons leur montrer comment et, surtout, pourquoi nos lois et nos traditions sont ce qu'elles sont. »

« Il devrait au moins y avoir une carte du Canada dans toutes les salles de classe, note Deb Robinson, directrice de la Guardian Angels Catholic School, à Stittsville (Ontario). Un détail aussi simple, mais qui manque dans bien des salles de classe, peut contribuer grandement à l'éducation canadienne de nos élèves. »

« La meilleure façon de décrire l'éducation canadienne telle qu'elle est aujourd'hui est de la comparer à une "toile d'araignée" d'idées et de valeurs, conclut Valerie Pike. Bien que l'on trouve plus d'espace libre que de fil dans une toile d'araignée, c'est le fil qui donne à la toile sa force et lui permet de rassembler la myriade de traditions, de caractéristiques, d'identités régionales et de valeurs qui forment une éducation canadienne. »