Prix du Premier ministre pour l'excellence dans 
l'enseignement

Des élèves allumés!


« À l'époque, je trouvais que c'était une bonne idée », raconte Rod Osiowy aux autres lauréats des Prix du Premier ministre. Il leur explique comment il en est venu à engager un magicien pour aider ses élèves de la Mount Baker Secondary School, à Cranbrook (Colombie-Britannique), à monter un spectacle de variétés.

Le soir du spectacle, un élève - qui avait eu des problèmes à l'école - montre fièrement à M. Osiowy de petites boîtes remplies d'essence à briquet fixées à la paume de ses mains par un ruban collant, et le dispositif d'allumage fixé à ses doigts. Le jeune garçon devait, d'un mouvement des doigts, produire une étincelle et transférer le feu d'une main à l'autre. Mais, au moment où il fait le mouvement, rien ne se passe. « Allez chercher l'essence à briquet », lance-t-il.

L'enseignant s'exécute et verse de l'essence à briquet dans les petites boîtes, mais, tout ce temps, l'apprenti magicien continue de frotter fébrilement ses doigts sur le dispositif d'allumage. C'est le chaos total. L'essence versée par l'enseignant prend en feu et les flammes se répandent sur l'enfant qui, oubliant les boîtes remplies d'essence prises à ses mains, s'administre de grandes tapes partout sur le corps pour éteindre les flammes, ce qui produit malheureusement l'effet contraire. Finalement, Rod Osiowy jette son élève en feu sur le sol.

« Heureusement, l'essence à briquet ne brûle qu'en surface, poursuit-il. Nous avons éteint le feu et rempli de nouveau les boîtes. Lorsque le signal musical est arrivé, le jeune est monté sur scène et a exécuté son tour de magie comme un as. »

Cette prestation réussie à la perfection, malgré les difficultés du départ, a eu un effet profond; elle a renforcé la confiance du jeune garçon en lui-même et l'a aidé à remonter la pente à l'école. Pour illustrer son propos, Rod Osiowy montre un manuel de programmation informatique rédigé par son ancien élève. Dans l'introduction, le jeune homme décrit cet incident comme étant l'« étincelle » qui lui a donné la confiance nécessaire pour présenter ses travaux à des cadres de l'industrie, à des conseils d'administration et aux médias.




L'étincelle de la motivation

Nous avons tous besoin de cette étincelle. « C'est ce qui nous rend humains, affirme Rod Osiowy. L'ambition et la motivation nous donnent la liberté et le choix. »

« La motivation est essentielle à l'apprentissage et à l'amour de l'apprentissage, renchérit Deb Robinson, directrice de la Guardian Angels Catholic School, à Stittsville (Ontario). C'est la recherche de l'excellence qui donne un sens et une direction à nos vies. »

Ross Thompson voit la motivation comme une source d'énergie ou une force. Il n'enseigne pas la physique, comme pourrait le laisser croire cette explication, mais bien la musique, à la New Minas Elementary School, à New Minas (Nouvelle-Écosse). La motivation, selon lui, permet de vaincre l'inertie mentale, comme une force vainc l'inertie physique. C'est le moteur du processus d'apprentissage. Le travail de l'enseignant consiste à créer l'énergie qui motivera l'élève à apprendre.

Bien entendu, mettre le feu à un élève est une méthode quelque peu originale. « Je ne l'ai pas fait exprès », insiste Rod Osiowy. Il existe des moyens plus conventionnels de motiver les élèves, comme encourager le désir d'atteindre un but personnel, la curiosité, la confiance en soi et l'engagement envers une cause. Des facteurs externes, comme l'encouragement d'un adulte respecté, les attentes de l'équipe ou un but que se donne le groupe, peuvent également être une source de motivation pour l'élève.

« Ces facteurs peuvent générer l'enthousiasme et l'énergie nécessaires à la poursuite d'un but », explique Carol Livingstone, qui donne le cours de formation commerciale à la Hugh Boyd Secondary School, à Richmond (Colombie-Britannique). Mme Livingstone, calme et élégante, s'efforce de développer aussi bien les facteurs internes que les facteurs externes de la motivation dans ses cours. Elle ajoute en riant : « Je n'ai qu'à leur laisser la voie libre. » (Voir Comment naît l'esprit d'entreprise).




Qu'est-ce qui alimente la motivation?

Des récompenses tangibles, comme des points et des privilèges spéciaux, peuvent être des sources de motivation très efficaces pour les élèves. Ross Thompson, qui a le coffre et la voix mélodieuse d'un chanteur d'opéra exercé (ce qu'il est), développe la motivation chez ses élèves du primaire par une expérience directe et positive des instruments de musique populaires tels que la flûte à bec, la guitare, le clavier et le ukulélé, et de la musique et des chansons traditionnelles de l'Est canadien.

« Les récompenses tangibles fonctionnent aussi avec les élèves plus âgés », fait remarquer Mike Hussey, qui enseigne l'anglais au Marc Garneau Collegiate Institute, à Toronto. Sa curiosité l'a mené, un jour, à distribuer des sucettes pendant un jeu-questionnaire. Ses élèves ont obtenu des scores de 10 p. 100 supérieurs à ses attentes. « Je ne suis pas le genre d'enseignant à attribuer des étoiles, explique M. Hussey. C'est pourquoi j'ai été surpris de voir qu'une simple friandise puisse avoir un effet aussi marqué. » (Voir un autre exemple de récompenses tangibles dans L'effort récompensé.)

« Il se pourrait que ce soit l'intérêt personnel manifesté par l'attribution d'une récompense, dans ce cas-ci des sucettes, plutôt que la friandise elle-même qui ait fait la différence », souligne Rod Osiowy. Selon lui, des facteurs intangibles, tels le plaisir, la satisfaction personnelle, l'intérêt manifesté et les encouragements donnés par un pair ou un adulte respecté, la confiance en sa propre capacité de s'atteler à la tâche et la fierté du travail accompli, renforcent la motivation.

Rod Osiowy, qui se décrit lui-même comme une éponge assoiffée de savoir, aime utiliser ce qu'il appelle des « activités subversives », comme des procédés pyrotechniques dans un spectacle de variétés, pour intéresser et motiver les élèves de ses cours de théâtre, de vidéo et de jeu dramatique (voir Faire sa marque). « Pour motiver les élèves, vous devez d'abord vous motiver vous-même, dit-il. J'aime prendre des risques et repousser les limites du possible. »

Devant cette attitude de la part de leur enseignant, les élèves savent que, dans la classe de « Rodo », on ne se moquera pas d'eux s'ils font une erreur et que personne n'écrasera leurs aspirations. Les élèves peuvent se laisser prendre par le plaisir d'apprendre à faire quelque chose de nouveau et d'innovateur, et ils cherchent non seulement à résoudre leur problème immédiat, mais aspirent également à « repousser les limites du possible et à continuer d'apprendre ».




La motivation est-elle tout ce qui compte?

En réalité, la gratification différée est une chose importante que les élèves doivent aussi apprendre. Tout en fournissant des récompenses intermédiaires vers l'atteinte d'un but plus grand, il est important de rallonger graduellement l'« intervalle de récompense », selon la directrice d'école primaire Deb Robinson. Ainsi, les élèves apprennent à se récompenser eux-mêmes par des éléments intangibles, comme la fierté et la satisfaction du travail accompli, dans leur marche vers un but à plus long terme.

Carol Livingstone, qui est enseignante au niveau secondaire, a un point de vue différent. « Si vous allumez un feu, vous ne devriez pas avoir à souffler dessus pour le garder vivant, dit-elle. L'automotivation vient de l'autosatisfaction. Notre travail consiste à montrer aux jeunes à ne pas dépendre des autres pour se motiver. »

Deb Robinson est d'accord sur ce point : « Aimer apprendre et prêcher par l'exemple, voilà la véritable clé du succès dans ce domaine. » Elle est sans contredit une source de motivation pour quiconque la côtoie, tant elle vibre d'énergie et d'enthousiasme.

Deb Robinson a été la première directrice d'une toute nouvelle école, et elle a profité de cet avantage pour créer un climat motivant qui encourage l'apprentissage chez les élèves. Tous, à l'école, du plus jeune élève de maternelle à la directrice, ont dû se fixer des buts et s'autoévaluer. Madame Robinson a simplifié la démarche, a insisté sur le perfectionnement professionnel, au cours des réunions, et a créé des équipes d'enseignants qui s'attaquent ensemble à des tâches, par exemple l'élaboration de stratégies permettant de suivre de près les progrès des enfants.




La motivation est-elle suffisante?

Un enseignant qui parvient à motiver ses élèves est-il automatiquement excellent? Les caractéristiques d'un enseignant qui sait motiver et d'un enseignant qui excelle sont certainement semblables : tous deux fournissent une rétroaction immédiate et des récompenses tangibles, ont le sens de l'humour, établissent une solide relation avec les élèves et leur laissent la liberté de s'exprimer et d'explorer de nouvelles voies.

Mais, selon Mme Robinson, « un excellent enseignant est plus qu'un enseignant qui sait motiver ses élèves; c'est un enseignant qui sait équilibrer la motivation et les attentes sur le plan scolaire ». D'après son expérience, l'enseignant qui met réellement l'élève au défi de réaliser son plein potentiel sur le plan scolaire et personnel, le fait en se fondant sur des normes rigoureuses et des attentes élevées. Un enseignant qui excelle dans son travail et qui sait motiver a une connaissance approfondie et un amour de sa matière, et il invente des moyens novateurs de la transmettre. Les élèves évitent parfois ces enseignants car ils croient que leurs cours seront trop difficiles, mais finalement ce sont ces cours-là qui font naître chez eux le désir d'apprendre leur vie durant.

Même avec un programme efficace et intéressant, le respect et l'intérêt de l'enseignant envers l'élève, un bon esprit d'équipe dans la classe et des récompenses attrayantes, l'enseignant ne parviendra pas tout le temps à motiver tous les élèves. « Parfois le bois est trop vert. L'enseignant n'a pas suffisamment de temps pour atteindre l'élève ou n'est pas du type qui lui convient, ou bien l'élève a trop d'autres problèmes dans sa vie. »

« Mais vous ne savez jamais quand une leçon que vous donnez fera naître une étincelle d'intérêt, de motivation et d'enthousiasme pour l'apprentissage, conclut Helen Pat Hansen de la Sacred Heart Catholic High School, à Stittsville (Ontario). Quand j'était petite, à l'école, on nous a parlé de l'effet de Coriolis - le fait que l'eau s'écoule dans le sens inverse des aiguilles d'une montre dans l'hémisphère sud. à l'époque, cela ne me paraissait bas bien important. Mais, des années plus tard, en voyage en Australie, je me suis rappelé ce phénomène qu'on nous avait enseigné, et ses implications. Je me vois encore, sautant partout dans la chambre d'hôtel à Sydney, tout excitée parce que l'eau s'écoulait du renvoi d'eau dans l'autre sens! »