Prix du Premier ministre pour l'excellence dans 
l'enseignement

L'évolution d'un projet


Vous êtes-vous déjà interrogé sur la façon dont les projets scolaires populaires - ceux auxquels tous les élèves veulent s'inscrire - sont lancés et atteignent des sommets? Quelques-uns des lauréats sont les locomotives de projets exceptionnels qui, après des débuts modestes, sont devenus des expériences d'apprentissage fructueuses pour les élèves.

D'où viennent ces projets? émergent-ils sous leur forme finaleévoluent-ils sous l'effet des essais, des succès et des erreurs?

Un projet peut être le fruit d'un éclair d'inspiration, quand un enseignant cherche un moyen de tisser des liens entre le programme d'études et les expériences des élèves, mais « les programmes, les activités qui en découlent et leur portée évoluent certainement », affirme Ian Naisbitt, enseignant en 5e et en 6e année à la Concord Public School, à Windsor (Ontario).

Son projet - qui a vu le jour en tant qu'activité ponctuelle de nettoyage d'une section particulièrement polluée des berges d'une rivière locale - est un exemple patent. Ian Naisbitt avait alors l'intention de se servir du programme pour enseigner l'anglais, les sciences et le civisme. Mais, avec le temps et l'enthousiasme de ses élèves et de la collectivité, cette activité est devenue un programme de croisades de nettoyage, de campagnes de plantation d'arbres, de rédaction de lettres, d'allocutions publiques et de financement visant tout le bassin versant de la rivière Little. (Voir Action environnementale et programme d'études).

De même, le programme d'études internationales, de multimédia et d'échange culturel pluriannuel de Jean-Daniel Roy s'est développé au fil de conversations avec d'autres enseignants et à la suite du projet que M. Roy avait formé de tirer le meilleur parti des nouvelles technologies des communications. Les élèves de M. Roy, à l'école Sainte-Anne, à Sherbrooke (Québec), ont accueilli un groupe d'élèves français, puis sont allés visiter la France. (Voir Un projet virtuel devient réalité).

Par ailleurs, le projet de Nancy Barkhouse, un programme de radiodiffusion qui dure toute l'année, correspondait aux besoins d'une classe particulière, mais lui aussi a pris une expansion inattendue. Sa classe de 4e année, composée de 19 garçons et de 14 filles, à la Atlantic View Elementary School, à Lawrencetown (Nouvelle-Écosse), avait une certaine « réputation », à cause du ratio de garçons et de filles. Ayant entendu parler des bienfaits de l'apprentissage par l'écoute, surtout pour les garçons, Mme Barkhouse a commencé à réfléchir à ce qui est devenu l'émission de radio actuelle. Toutefois, les segments initiaux de 15 minutes sont devenus des émissions de 20 heures!

Comment s'y prend-on?

Chaque programme est différent, mais les enseignants qui ont créé des projets couronnés de succès conviennent tous qu'avec de la passion, de la détermination et de l'énergie, n'importe qui peut bâtir un projet fructueux. Les lauréats des Prix du Premier ministre font les quelques recommandations qui suivent.

Commencez par définir ce que vous voulez réaliser

Selon Carl Goulding, qui enseigne la musique à la Mount Pearl Intermediate School et à la Mount Pearl Senior High School, à Mount Pearl (Terre-Neuve-et-Labrador), il importe d'avoir un concept clair et de s'en tenir à celui-ci, malgré les inévitables embûches et complications qui se présenteront.

Quand M. Goulding a commencé à enseigner à Mount Pearl, en septembre 1982, sa chorale ne comptait que 11 élèves. Déterminé à continuer, il a fait savoir que la chorale était ouverte à tous. « J'ai saisi toutes les occasions possibles de donner des spectacles, explique-t-il, toutes les chances de promouvoir la chorale à l'école. » Il a aussi fait circuler la rumeur selon laquelle il était prêt à aider quiconque voulait apprendre à chanter (peu importait le talent).

Au mois de juin suivant, 200 élèves chantaient dans la chorale de Mount Pearl. Depuis, deux chorales de spectacle, une chorale de récital, un concert annuel au printemps et de multiples petites chorales, des trios et des ensembles de madrigaux sont nés du projet initial.

Pour réaliser votre projet, « ne vous laissez pas distraire; tenez-vous-en à ce que vous avez décidé », recommande Doug Grunert, de la Rutland Senior Secondary School, à Kelowna (Colombie-Britannique).

Lui et son collègue Brad Talbot font équipe pour enseigner les sciences de l'environnement, un cours qui allie expériences et exposés en classe, visites, orientation de carrière et conférenciers invités, et qui se termine par une excursion à l'étranger. (Voir Le carnet d'apprentissage). Le cours comporte des activités fascinantes, comme la plongée autonome, la randonnée, l'entretien de cours d'eau et l'élevage d'espèces rares ou menacées en classe. « Nous sentons le besoin constant d'améliorer et de réviser notre cours pour en maintenir la pertinence dans un monde qui évolue sans cesse; mais, en même temps, nous ne perdons pas de vue nos objectifs fondamentaux », explique M. Talbot.




Liens avec le programme d'études

« Quand vous définissez votre projet, assurez-vous qu'il soit lié au programme d'études », conseille Nancy Barkhouse de la Atlantic View Elementary School. « Trouvez un projet stimulant pour vous et vos élèves, puis établissez autant de liens que possible avec le programme d'études. Puisque votre propre projet n'occupera pas toute la journée (et il ne le devrait pas), il restera assez de temps pour atteindre les autres objectifs du programme », précise-t-elle.

Le programme de Mme Barkhouse, intitulé « Surf's Up » (Students Using Radio Facilities for Sharing our Unique Perspectives), rejoignait beaucoup d'aspects (mais pas tous) du programme d'anglais, d'arts et de sciences sociales. Bien qu'il ait pris plus d'ampleur que prévu, il ne s'échelonnait pas sur toute l'année, et ne remplissait pas les journées.

Huit équipes de quatre élèves ont étudié un sujet, interviewé des invités, conçu et rédigé un scénario, puis se sont fébrilement rendues avec leur enseignante au poste de radio pour présenter une série d'émissions en direct (dont on peut lire les transcriptions à le site Web SURF'S UP! (en anglais seulement) ). Les autres émissions ont été enregistrées sur cédérom à l'école pour être diffusées ultérieurement.




Planifiez et déléguez

Selon Ian Naisbitt, à mesure qu'un projet prend de l'ampleur, il importe de se faire aider. De toute évidence, pendant un certain temps, l'enseignant doit tout faire lui-même; mais, à mesure que le projet progresse, il doit être prêt à déléguer des tâches. « Vous devrez apprendre à demander de l'aide, explique M. Naisbitt. Il est impossible de tout faire vous-même. Par ailleurs, d'autres points de vue sont utiles. »

Le programme de nettoyage d'une rivière de M. Naisbitt a pris une ampleur telle que la seule façon pour lui d'en assurer la continuité est de confier la recherche, les activités de financement, les demandes de dons d'équipement, l'établissement du calendrier et l'organisation des sorties aux parents, aux membres de la collectivité, aux entreprises, à des collègues et à d'autres groupes environnementaux - « avec des montagnes de pizza à la clé! », conclut-il en souriant.

Avant de lancer votre projet, il est important de prévoir et de régler les détails administratifs (comme les formules d'autorisation, l'accord du conseil scolaire ou l'obtention de fonds spéciaux), pour qu'ils ne viennent pas vous hanter plus tard, conseille Mme Barkhouse. Elle ajoute qu'il est essentiel de recruter un enseignant substitut bien avant la sortie.

« Gagnez le soutien de la direction et de vos collègues en soulevant leur enthousiasme face à la valeur pédagogique de votre projet », ajoutent M. Grunert et M. Talbot. Quant à eux, ils tiennent toute l'école au courant de ce qu'ils font et de ce que les élèves apprennent. Pour obtenir l'appui des parents, ils recourent à la publicité, à des exposés en soirée, à des bulletins d'information et à tous les moyens nécessaires pour sensibiliser les élèves et les parents à leur projet et à ce qu'il comporte.

Parfois, il faut prendre des risques pour faire participer les gens. Carl Goulding raconte comment il a obtenu de la direction de l'école les fonds pour acheter l'équipement pour la chorale de spectacle. « Je savais que j'avais besoin de fonds pour acheter des synthétiseurs modernes, des consoles de mixage, des microphones et des instruments pour intéresser les jeunes. L'école n'avait qu'un piano. L'argent était rare. Je suis allé au magasin de musique, j'ai acheté ce dont nous avions besoin et j'ai dit au directeur que si la chorale ne réussissait pas à amasser les fonds pour payer l'équipement, j'allais le payer de ma poche. » Tout a été payé en quelques mois, le projet a été lancé et nous n'avons rien regretté. La direction de l'école et le conseil scolaire appuient l'entreprise avec ferveur.




Prévoyez l'imprévu

Selon Nancy Barkhouse, toute la planification du monde n'empêchera jamais l'imprévu de se produire, de sorte qu'il faut faire preuve de souplesse et avoir le sens de l'humour. Calme, à l'aise et apparemment stoïque devant les complications soudaines, l'enseignante a d'abord prévu que ses élèves ne produiraient que des segments de 15 minutes pour le programme Surf's Up. « La station de radio m'a avertie qu'elle ne pouvait diffuser que des segments d'une heure, rappelle-t-elle en riant. C'était une grosse commande, que je n'avais pas prévue. » Avant qu'elle ne s'en rende compte, les segments avaient atteint une durée de 20 heures. Une fois revenue de sa surprise, Nancy Barkhouse a constaté que cette prolongation des émissions permettait aux élèves d'inclure une plus grande partie du programme d'études dans leur recherche.




Planification de la relève

Enfin, puisque les enseignants prennent un jour leur retraite, qu'ils changent de poste ou qu'ils doivent passer à autre chose, il faut, de l'avis de tous les enseignants, consacrer au moins deux ans à former un remplaçant. Puisque le succès d'un projet dépend de l'idée de départ, de la planification, de l'organisation, de la délégation de tâches, d'un bon soutien et d'une bonne participation, la relève ne peut pas être assurée du jour au lendemain.

Un enseignant peut céder la direction d'un projet à la collectivité ou à des parents, recommande Ross Thompson, enseignant en musique à la New Minas Elementary School, à New Minas (Nouvelle-Écosse). (Voir Jetez des bases solides …). C'est ce qu'il a fait avec la Annapolis Valley Honour Choir, une chorale de jeunes primée. Il souligne l'importance qu'ont revêtue la préparation des parents et l'établissement d'une bonne infrastructure pour la chorale. Le nettoyage de la rivière Little, lancé par M. Naisbitt, a aussi pris de l'ampleur et est maintenant dirigé par d'autres instances. Le Little River Enhancement Group gérera le bassin versant de la rivière Little à perpétuité.

L'enseignant qui a lancé un projet spécial peut passer à d'autres activités, mais certains projets ont des retombées éducatives telles que d'autres enseignants les adoptent et les adaptent. En plus de présenter des conférences sur l'éducation en environnement lors de congrès de perfectionnement professionnel, M. Naisbitt a fait appel à l'expérience acquise avec le Little River Enhancement Group pour élaborer un programme d'études à l'intention de son conseil scolaire et de la Federation of Ontario Naturalists.




Le jeu en vaut-il la chandelle?

Les projets spéciaux enrichissent le programme d'études, font sortir les élèves de la classe (au sens propre comme au figuré) et leur font connaître le monde au-delà de leur école et de leur quartier. L'expérience peut être très gratifiante.

Doug Grunert, Brad Talbot et leurs élèves ont reçu de nombreux éloges pour leurs travaux en sciences de l'environnement, notamment des prix décernés par la British Columbia Wildlife Federation, Pêches et Océans Canada, et le ministre de l'Environnement de la Colombie-Britannique. En tant que coéquipiers, M. Grunert et M. Talbot ont été invités à prononcer une conférence et à faire partie d'un groupe d'experts au Simon Fraser Institute for Environmental Educators, et ils ont élaboré divers outils didactiques pour l'étude de l'environnement.

En partie grâce au succès de son projet de radiodiffusion, Nancy Barkhouse a été détachée au conseil scolaire pour diriger un programme de perfectionnement professionnel dans le Web.

Les éloges et les prix reçus par les chorales de Mount Pearl forment une liste impressionnante. Les chorales se sont produites à l'Exposition internationale de 1986 et à Walt Disney World, et lors de trois visites de la famille royale. Les prix reçus comprennent une première place au Show Choirs of North America Festival de 1996 et une deuxième place à la North American Show Choir Competition de 1990.

Ian Naisbitt et les élèves de la Concord Public School ont reçu de nombreux prix en reconnaissance de leur travail de protection et de restauration de l'environnement, y compris le prix du Défenseur de la planète du Programme des Nations Unies pour l'environnement. La Concord Public School figure parmi 30 écoles nord-américaines qui ont reçu ce prix.

En plus de ces récompenses bien concrètes, un projet fructueux peut produire des retombées intangibles mais aussi inestimables.

Un projet stimulant et intéressant peut changer la vie de nombreux élèves. « Mes élèves et leurs parents m'ont dit que leur participation à la chorale avait changé leur vie », affirme Carl Goulding. Des élèves timides prennent de l'assurance, tandis que ceux qui ont du talent pour la musique acquièrent une expérience précieuse, et que tous les élèves y amassent des connaissances et des souvenirs impérissables.

Pendant l'année où Nancy Barkhouse a mené son projet, toute sa classe a nettement amélioré ses résultats. « Grâce à la recherche, aux interviews et à la rédaction de scénarios, mes élèves ont considérablement rehaussé leur capacité de lecture », précise Mme Barkhouse. En outre, ils ont amélioré leur confiance en eux, leurs habitudes de travail et leur sens de l'organisation et de la collaboration.

« Sur les plans de la participation et du succès scolaire, le cours de sciences de l'environnement a pris une ampleur inespérée, affirment M. Grunert et M. Talbot. Certains élèves qui avaient éprouvé des difficultés au secondaire ont obtenu leur diplôme puis ont fait de brillantes études postsecondaires avant d'entreprendre de belles carrières. »

« Je suis supposé prendre ma retraite dans cinq ans », déclare M. Talbot. « Tu ne prendras jamais ta retraite, rétorque M. Grunert. Tu as bien trop de plaisir à enseigner! »