Atteindre l'élève autiste et lui enseigner
Personne ne sait ce qui cause l'autisme ni pourquoi ce trouble est de quatre à six fois plus répandu chez les garçons que les filles. Mais l'éventail des symptômes et les techniques efficaces pour enseigner à ces enfants sont de mieux en mieux connus, explique Pat Shedden, qui enseigne à une classe de six enfants autistes à la Queensville Public School de Queensville (Ontario).
Les enfants autistes peuvent être extrêmement sensibles aux stimuli. Un bon nombre ont des problèmes d'intégration sensorielle, et ont conséquemment de la difficulté à traiter et à organiser l'information obtenue par la stimulation sensorielle. Combinées avec le syndrome de la Tourette, le trouble obsessif-compulsif , le déficit de l'attention, ou les deux, ces difficultés rendent la simple survie, sans parler de l'apprentissage, très difficiles dans un monde tourbillonnant, bruyant et imprévisible, explique Mme Shedden.
En réaction, les enfants autistes fuient les contacts sociaux et développent ce qu'on appelle des « moyens auto-calmants » pour pouvoir trier les stimuli perturbants et réduire leur anxiété. Ils peuvent par exemple se bercer compulsivement, sauter, crier ou poser la même question à répétition, pour donner un sens à leur monde.
Pour atténuer l'anxiété de ces enfants et les aider à se sentir à l'aise à l'école, Mme Shedden a créé ce qu'elle appelle une « classe d'attache ». C'est un endroit structuré, prévisible, intéressant et accueillant où les enfants se sentent en sécurité. « Lorsqu'ils se sentent en sécurité, lorsqu'ils savent ce qui va se passer ensuite, ils peuvent se détendre suffisamment pour commencer à apprendre », explique-t-elle. Par exemple, un enfant qui au début passait des heures chaque jour à crier de peur et d'anxiété est maintenant en mesure de suivre le programme provincial de mathématiques de manière autonome, dans sa classe intégrée de 4e année, et il est l'un des meilleurs en mathématiques.
Patti Shedden a également mis au point des activités spéciales pour chaque jour de la semaine. Grâce à ces activités, elle suscite un intérêt chez les enfants pour l'école et l'apprentissage. Les activités fournissent également une structure, de manière à ce que les élèves puissent prédire ce qui se passera chaque jour. Mais avant tout, ces activités leur inculquent des habiletés sociales dans différents contextes (les enfants autistes ont de la difficulté à transférer des habiletés sociales d'un contexte à un autre). Elles leur enseignent aussi des compétences fonctionnelles, par exemple la natation, la manipulation de l'argent et des règles à respecter à la bibliothèque.
- Lundi au cinéma. Les enfants apportent leur film préféré qu'ils peuvent regarder à l'heure du midi, pendant qu'ils mangent du maïs soufflé.
- Sorties du mardi. Les enfants prennent des cours de patinage artistique, vont à la bibliothèque et vont manger dans des restaurants de la collectivité.
- Visite du mercredi. D'autres classes viennent dans la salle de Mme Shedden pour jouer, une occasion d'intégration inverse.
- Sorties du jeudi. Les enfants prennent des cours de natation à la piscine communautaire.
- Vendredi de l'amitié. Les membres de la collectivité, des parents et d'autres personnes se joignent à la classe pour différentes activités, notamment faire la cuisine et participer aux « groupes d'amitié ».
Les enfants autistes de Patti Shedden sont extrêmement brillants. Ils suivent des plans d'études individuels qui englobent autant que possible le programme scolaire normal. Les enfants sont intégrés le plus possible dans les autres classes mais, insiste Mme Shedden, « la communication, les habiletés sociales et les compétences fonctionnelles viennent en premier, car sans elles il n'y a pas d'apprentissage valable ».
Pour illustrer son propos, elle cite le cas d'un parent venu prononcer une conférence devant des éducateurs spécialisés dans l'autisme. Lorsqu'on lui a demandé : « Que voulez-vous pour votre enfant? », il a réfléchi attentivement et répondu avec conviction ce qui suit : « Vous n'aimerez pas cette réponse, parce que vous êtes tous des enseignants, mais ce n'est pas le programme d'études qui m'intéresse le plus - cela vient en prime. Je veux que mon enfant se sente bien dans sa peau et qu'il ait des amis avec qui interagir dans le monde qui l'entoure, à mesure qu'il grandira. »