La vérité par la bouche des artistes
- Les rudiments de la vidéo étudiante
- Raconte-moi une histoire
- L'importance du jeu
- L'étude du roman en cercle
- Des marionnettes pour adjoints
- Des mensonges vrais
- Les rudiments de la poésie
- Sous les feux de la rampe
- L'apprentissage par les arts
- Apprécier le théâtre
Personne ne croit vraiment qu'ésope a vu un corbeau laisser tomber des pierres dans une urne à vin pour rehausser le niveau de liquide jusqu'à son bec, mais tout le monde reconnaît les vérités sur lesquelles repose cette histoire. Toutes les fables d'ésope nous disent que nous devons trouver des solutions créatrices aux problèmes, apprendre à voir le monde sous un angle différent et ne pas nous laisser aller au découragement.
Notre économie fondée sur la communication et l'information accorde beaucoup d'importance aux faits indéniables et aux vérités vérifiables. Les employeurs (et les parents) veulent que les écoles enseignent aux enfants des connaissances solides et des compétences mesurables. De plus en plus, les arts - musique, théâtre et arts plastiques - apparaissent comme superflus et non nécessaires à l'éducation.
Cette tendance inquiète de nombreux enseignants - qui ne sont pas tous d'ailleurs des enseignants en arts - qui voient les arts, c'est-à-dire le domaine de la créativité, de l'imagination, de l'exploration et de l'expression, comme un élément vital de l'éducation. Comme les fables d'ésope, les arts se servent de la fiction pour exprimer la vérité.
Les rudiments de la vidéo étudiante
Jack Trovato
« En vérité, dans le théâtre, il ne s'agit pas de se mettre un masque : il s'agit plutôt d'enlever le masque que nous portons dans la vie de tous les jours. Pour les jeunes, c'est plus facile à dire qu'à faire car à cette étape de leur vie affective, physique et intellectuelle, ils ne savent pas exactement ce qui se cache sous leur masque. Lorsque mes élèves se sentent en sécurité sur les plans émotif et intellectuel, ils sont disposés à participer et à prendre des risques, et c'est étonnant d'assister à leur croissance et à leur développement. Ma plus grande récompense est de voir leur lumière intérieure s'allumer, de les voir découvrir quelque chose pour la première fois - parfois simplement en regardant quelqu'un d'autre donner une prestation. »
Un bon film peut vous faire perdre la notion du temps; quand arrive la fin, on dirait qu'il vient à peine de commencer. Pour parvenir à capter ainsi l'attention, il faut beaucoup plus d'efforts et de temps, « beaucoup plus de temps que les gens ne le réalisent », commente Jack Trovato, enseignant en théâtre à la Alpha Secondary School de Burnaby (Colombie-Britannique). Cet enseignant et les lauréats du Prix du Premier ministre Kevin Harrison et Gaston Comeau fournissent à leurs élèves de nombreuses occasions de produire des vidéos captivantes, aussi bien en classe que dans le cadre de concours cinématographiques.
Kevin Harrison de la Timberline Senior Secondary, à Campbell River (Colombie-Britannique), propose un processus en 11 étapes pour guider et évaluer les productions de vidéos des élèves. Ceux-ci produisent des vidéos d'information publique pour un vaste éventail de clients, notamment la United Way et la Insurance Corporation of British Columbia. Selon le sujet et l'équipe de production, la préparation d'une vidéo de deux minutes peut prendre de deux à trois semaines de temps de classe (chaque période de classe étant de 75 minutes), en plus de travaux à faire à la maison, fait-il observer.
- Remue-méninges. évaluer le remue-méninges.« Il est facile pour les élèves de s'emballer à cette étape », avertit Gaston Comeau, enseignant en immersion moyenne de langue française à la Bridgewater Elementary School, à Bridgewater (Nouvelle-Écosse). Ses élèves proposent leurs vidéos scientifiques à des expos-sciences provinciales. « Ils ont beaucoup d'idées amusantes, et je dois les ramener au contenu scientifique pour les productions destinées à des concours. » Il y a trois ans, les élèves de M. Comeau ont produit une vidéo (primée) décrivant les désastres climatologiques survenus sur la planète, en se servant du modèle des bulletins météorologiques télévisés.
- Choisir une idée. Rechercher un élément accrocheur, une image qui restera dans l'esprit des spectateurs une fois la vidéo terminée. Selon Kevin Harrison, c'est le moment où l'enseignant peut orienter les élèves vers des idées reliées à la responsabilité sociale.
- Exposer votre idée à un groupe pour voir si elle a de l'intérêt. Recueillir les commentaires, prévoir les problèmes et solliciter la participation de bénévoles.
- Rédiger un scénario. écrire l'histoire, en incluant le dialogue et l'action. évaluer le processus de scénarisation et le scénario.
La majeure partie du temps et des efforts des élèves est consacrée à ce processus de scénarisation, explique M. Trovato. « Ils sont étonnés de voir la quantité de travail exigée, contrairement à une production scénique à partir d'un texte existant. » - Créer un scénario-maquette. Dessiner les scènes principales en indiquant où se trouveront les personnages, les accessoires et les caméras. évaluer le processus de création du scénario-maquette et le scénario-maquette lui-même. Un grand nombre des résultats scolaires attendus en arts du langage, sciences, technologie et arts peuvent être examinés pendant le processus de scénarisation et d'établissement du scénario-maquette, fait remarquer Gaston Comeau.
- Dresser une liste des éléments nécessaires. Déterminer les caméras, trépieds, costumes, décors, techniciens et acteurs qui sont nécessaires pour le projet, et combien de personnes-ressources venant de la collectivité et de l'école que vous auriez à rejoindre.
« Il est catastrophique de découvrir, au beau milieu du tournage, lorsque les commanditaires de la collectivité et les bénévoles sont partout autour, que vous avez besoin de plus de projecteurs parce que la luminosité extérieure a changé! », explique Kevin Harrison. - Tenir une réunion de production et des répétitions. évaluer la réunion de production et les répétitions. Cette étape sert à vérifier que chacun a un rôle à jouer et connaît ses responsabilités, fait remarquer M. Harrison.
- Tourner la vidéo. S'assurer qu'il y aura de nombreux gros plans et plans moyens. « Cette étape peut être laborieuse et monotone », intervient Jack Trovato. Chaque prise de vue doit être préparée et vérifiée, puis chaque scène peut devoir être filmée plusieurs fois avant d'obtenir le résultat voulu. « Il est parfois difficile de maintenir l'enthousiasme à ce stade. »
- Monter la vidéo. Ajouter les effets tels que la musique, les transitions, la narration et les titres. « Les élèves consacrent souvent beaucoup de temps à cette étape, ils fignolent leur production pour qu'elle soit parfaite », affirme M. Harrison.
- Visionner la vidéo. Obtenir une rétroaction. évaluer le produit fini et les critiques formulées. Malgré la longueur et l'aspect laborieux du processus, les résultats peuvent être très imaginatifs et dynamiques, commente Jack Trovato. Parmi de récentes productions de ses élèves, il y avait un documentaire intitulé The Life of a Paper Ball, où une voix hors champ racontait l'histoire d'une boule de papier qui roulait partout dans l'école, et une autre vidéo intitulée The X-Files Gone Weird.
- Reprendre le montage et améliorer la vidéo à partir de la rétroaction reçue lors du visionnement. Produire une vidéo peut être un processus très long, mais qui en vaut hautement la peine, conviennent les enseignants. Les élèves acquièrent une expérience précieuse, et retirent de la fierté de leurs réalisations ainsi que de la confiance dans leurs capacités.
Raconte-moi une histoire
« Les arts offrent toute une gamme d'émotions et d'expériences humaines. La littérature, le théâtre et la poésie peuvent n'être que de l'encre et du papier, mais avec un peu de réflexion et de créativité vous pouvez leur donner vie », affirme Jack Trovato, qui enseigne le théâtre à la Alpha Secondary School de Burnaby (Colombie-Britannique). Les arts racontent des histoires, explique-t-il, et les histoires, qu'elles soient véridiques ou fictives, portent toujours sur la condition humaine.
« L'histoire est toujours plus grande que celui qui la raconte », ajoute Robert Heidbreder. Une histoire a besoin d'auditeurs qui lui apportent leur propre perspective et qui partagent l'expérience d'entendre l'histoire ensemble, dit-il. Au moyen de chansons, de poèmes et de fantastiques marionnettes faites à la main, M. Heidbreder crée de nouvelles histoires tous les jours pour ses élèves de 1re année de la General Gordon Elementary School, à Vancouver.
Selon lui, les différentes perspectives des auditeurs apportent une autre dimension à l'histoire. étant donné que l'histoire passe par les mots, et que chacun entend et interprète les mots différemment, écouter une histoire ensemble devient une façon pour les élèves d'apprendre que nous avons tous une perspective différente du monde.
Ce phénomène ne s'applique pas seulement aux élèves de l'élémentaire, fait remarquer Karen Douziech. « J'enseigne l'anglais, et c'est mon travail que d'aider les élèves, dans leur cheminement à travers toutes les nuances d'une œuvre littéraire, à comprendre et à explorer toutes les couches de sens », affirme Mme Douziech, qui enseigne l'anglais et la critique de théâtre à la McNally High School d'Edmonton. Ses yeux brillent lorsqu'elle parle de sa passion, qui est de « faire grandir les idées dans l'imagination des élèves ».
L'importance du jeu
Karen Douziech
« Je possède une poupée conteuse fabriquée par un potier de Taos Pueblo à Taos (Nouveau-Mexique). Cette poupée (voir la photo ci-dessous) est une métaphore de l'enseignement. Par les histoires qu'elle raconte, la conteuse transmet sagesse, expérience, valeurs et traditions tout en alimentant les espoirs et les rêves de l'auditeur. Les bras ouverts en demi-cercle de la poupée conteuse forment un cercle d'amour qui invite et invoque le succès. Il me semble que l'acte de raconter une histoire est créatif, régénérateur et, avant tout, chargé d'espoir. Ce sont là les aspects de l'enseignement que j'aime le plus. »

Enseigner les arts est l'une des meilleures façons d'amener les élèves à développer leur esprit critique, soutient Karen Douziech, car les arts nous permettent de « jouer » avec les idées de manière à en arriver à une analyse critique et à un point de vue personnel. Des questions profondes - comme « Pourquoi sommes-nous ici? », « Quel est mon but dans la vie? », « Qu'est-ce que la vérité? » - sont transformées en notions que les élèves peuvent manipuler et explorer dans la classe de Mme Douziech. Ses cercles littéraires innovateurs encouragent les élèves à aborder une œuvre comme s'il s'agissait d'un nouveau territoire (ce qu'elle est en réalité) qu'ils doivent, en équipe, analyser et explorer (voir « L'étude du roman en cercle », ci-dessous).
Pour tous ces enseignants qui reconnaissent l'importance de l'art dans l'éducation, le jeu a un rôle capital. La dimension ludique de l'art incite les enfants à apprendre, fait remarquer Robert Heidbreder. Lorsqu'il crée une aventure avec ses marionnettes pour ses élèves de 1re année (voir « Des marionnettes pour adjoints », ci-dessous), le récit fournit une métaphore et des liens pour l'apprentissage de l'enfant. De déduire que Vaporia, la fée de la vapeur, est bien celle qui leur a envoyé une lettre à cause des marques de vapeur sur le papier, puis de décider entre eux de la façon de l'attraper - en tenant compte, bien entendu, des propriétés de la vapeur - amènent les enfants à participer activement à leur apprentissage. « L'enseignement par le jeu relie la pensée à l'action (et inversement), met de l'ordre dans les impressions qu'ont les élèves ainsi que leurs observations et conduit chacun à un niveau supérieur de réflexion », explique M. Heidbreder.
Le jeu crée également un environnement sûr pour l'exploration et, en bout de ligne, pour l'apprentissage, ajoute Peter Gallant. Cet enseignant, qui donne des cours de musique instrumentale à la Summerside Intermediate School à l'Île-du-Prince-édouard, entend beaucoup de fausses notes et d'erreurs rythmiques. On doit s'y attendre, dit-il; tout débutant en musique fait des erreurs. Mais c'est seulement ainsi que nous pouvons apprendre. « Chaque enfant a un mode d'expression unique qu'il doit découvrir et développer pour pouvoir communiquer. Les arts donnent à l'enfant l'occasion de cliquer sur "annuler" dans un milieu sûr, sans crainte de la critique ou de répercussions néfastes dans leur vie. »
« Les arts présentent une idée en même temps qu'ils deviennent un résultat; le jeu est l'action qui donne vie à l'art, déclare Jack Trovato. Il ne s'agit pas de faire n'importe quoi. C'est un jeu qui a un but, même si cela n'est pas évident dans l'immédiat. » Lorsque ses élèves s'amusent et dansent sur la scène pendant un exercice d'improvisation, ils ne perdent pas leur temps. Non seulement ils acquièrent des compétences utiles dans le jeu d'acteur, mais ils découvrent également un grand nombre de vérités universelles sur l'expérience humaine. (Pour savoir comment Jack Trovato et sa collègue Kim Lewis, qui enseigne également le théâtre au niveau secondaire, évaluent leurs élèves, voir « Évaluer la prestation théâtrale ».)
L'étude du roman en cercle
L' « équipe de mission » du vaisseau spatial McNally part explorer le monde de To Kill A Mockingbird. Un chef d'équipe, un ingénieur graphique pour s'occuper des interprétations artistiques, un cartographe pour représenter le monde découvert, un sociologue pour étudier les habitants et une personne qui consigne par écrit les découvertes effectuées, travaillent ensemble pour découvrir le plus de choses possible dans cet univers étranger.
Les élèves d'anglais de Karen Douziech, à la McNally High School d'Edmonton, se sont engagés dans un « cercle littéraire ». Après avoir choisi un roman à étudier (les choix offerts sont To Kill A Mockingbird de Harper Lee, The Chrysalids de John Wyndham et Shabanu de Suzanne Fisher-Staples), ils passent les quatre à six semaines suivantes à lire le roman une section à la fois, à se communiquer leurs impressions et à discuter de leurs conclusions. Madame Douziech consacrerait le même temps à l'étude de ce roman par des méthodes plus traditionnelles. « Mais lorsque nous avons terminé un cercle littéraire, chaque élève a lu le roman du début à la fin, tandis qu'auparavant il y en avait toujours cinq ou six qui n'avaient pas lu le livre », explique-t-elle.
Karen Douziech donne habituellement aux élèves le choix entre trois romans (même si le cercle littéraire peut aussi se faire à partir d'une œuvre d'un autre genre littéraire). Lorsque les élèves ont choisi leur roman, elle les divise en groupes selon leur choix et commence à concevoir les activités exploratoires (le style Star Trek n'est que l'un des exemples). à l'occasion, elle demande à toute la classe d'étudier la même œuvre littéraire en même temps, mais elle la divise également en équipes.
Quatre jours sont consacrés à chaque section du roman. Madame Douziech suit les progrès de chaque équipe en les visitant tous les deux jours et en leur fournissant un tableau de tâches précises à exécuter pour chaque section du roman. Les élèves lisent le livre à la maison, puis passent du temps en classe à effectuer les « activités exploratoires » qui leur ont été confiées.
De cette façon, elle déjoue la tendance qu'ont certains élèves à profiter de leurs camarades plus consciencieux. Elle explique : « S'ils ne font pas le travail, ils ne peuvent participer à la discussion. Ils sont mis de côté et ont l'impression de ne pas faire partie de l'entreprise. »
Lorsque Karen Douziech a lu pour la première fois le livre de Harvey Daniels sur les cercles littéraires à l'école élémentaire, Literature Circles, Voice and Choice in the Student-Centred Classroom, elle a pensé : « Quelle méthode amusante! » Y a-t-il une meilleure façon d'apprendre que de jouer avec les idées et les interprétations? Grâce à sa dimension ludique, cette activité éveille l'intérêt des élèves, tandis que les tâches précises confiées à chaque membre de l'équipe permettent d'orienter leur lecture.
Literature Circles, Voice and Choice in the Student-Centred Classroom est publié par Stenhouse. Pour en savoir plus sur les cercles littéraires, on peut consulter le site Literature Circles (en anglais seulement).
Des marionnettes pour adjoints
Robert Heidbreder
« Lorsque j'ouvre la porte de la salle de classe
j'ouvre les pages de livres,
des livres remplis de poèmes
de chansons, d'histoires, d'images brillantes
des livres empreints de nostalgie,
d'espoir, parfois de peurs profondes,
de colère, de querelles, peut-être aussi de larmes bruyantes,
de trêves et de rires, de questions abondantes,
de mystères et de réflexions, et encore de rires.Ces livres rebondissent -
ils ont leur propre volonté -
ma joie est de les lire
avec intuition et habileté.Les livres sont les jeunes enfants à qui j'enseigne tous les jours
qui m'enseignent à leur tour
(par leur travail et leurs jeux)
ce que sont les êtres humains :
comment nous apprenons,
comment nous grandissons,
et que nous avons tous des histoires
à raconter et à apprendre des autres. »
Chaque année, un doux petit personnage vient timidement se joindre aux enfants de 1re année de Robert Heidbreder, à la General Gordon Elementary School de Vancouver. Le nom de cette demoiselle escargot est PTK (pour Potato-Tomato Ketchup).
Lorsque PTK commence à parler de sa petite voix stridente et aiguë, un sourire apparaît sur le visage des enfants. Lorsque PTK s'enhardit et se met à dire des sottises, les enfants pouffent de rire. C'est de cette manière que Robert Heidbreder accueille les enfants dans sa classe. Après tout, si PTK - avec son nom farfelu et sa voix bizarre - a le courage de se présenter en classe, l'école ne peut pas être si effrayante?
« J'ai commencé à me servir de marionnettes pour mettre un peu de plaisir dans la classe, mais j'ai été étonné de leur impact sur les enfants », explique M. Heidbreder. Plus petites et parfois moins intelligentes, honnêtes ou gentilles que les jeunes élèves, les marionnettes donnaient à ceux-ci des moyens extraordinaires, a-t-il constaté. L'interaction entre les marionnettes et les enfants fait en sorte que la classe devient un lieu à l'écart du monde des grands et des grands problèmes, plein de mystère et de confusion. La classe devient un monde où règne l'ordre enfantin.
Robert Heidbreder se sert de son groupe de marionnettes colorées et un peu dingues pour attirer et guider ses élèves dans l'apprentissage. Certaines des marionnettes sont des comédiens, qui font des calembours et racontent des histoires extraordinaires; d'autres (comme les araignées maussades Doris et Morris) présentent les unités d'apprentissage, tandis que d'autres encore entraînent les enfants dans des aventures d'exploration et de résolution de problèmes. Toutes montrent aux enfants que l'apprentissage est sans danger, excitant et amusant!
Des mensonges vrais
Et quelles sont les vérités universelles que les élèves peuvent apprendre par les arts et auxquelles ils ne pourraient pas avoir accès autrement?
« Avant tout, nous pouvons apprendre ce que cela signifie que d'être humain », répond Robert Heidbreder. Les histoires peuvent nous montrer comment fonctionnent l'esprit et le cœur humains, que nous avons tous des défauts et des peurs, que nous faisons tous des erreurs et que nous vivons des incertitudes. Lorsque nous regardons notre vie comme une histoire, nous commençons à comprendre qu'elle n'est pas figée, fait-il remarquer. Tout comme des personnes différentes peuvent, selon leur interprétation, tirer des conclusions différentes de la même histoire, nous pouvons réinventer et rediriger nos propres vies.
« Le fait d'apprendre que nous partageons tous les mêmes émotions, et que le bonheur, la tristesse, la peur et la joie transcendent l'origine ou les frontières raciales et ethniques, aide à construire des ponts vers les autres », fait observer Jack Trovato. Explorer par les arts la vérité qui sous-tend notre humanité commune élargit l'horizon des élèves, crée de l'empathie et de la compréhension et aide à former des citoyens du monde. « Les élèves commencent à percevoir leurs propres perspectives ethnocentriques et apprennent à les dépasser », dit-il.
La perspective est un élément critique, convient Karen Douziech. C'est l'une des vérités révélées par les arts. En nous montrant tout un éventail de perspectives, les arts nous disent qu'il n'y a pas une vérité. Les élèves apprennent qu'ils doivent se montrer tolérants pour tous les points de vue, tout en choisissant le point de vue et la vérité qui s'appliquent à eux. « Lorsqu'ils pensent avoir trouvé la Vérité, je m'assure qu'ils ont examiné tous les aspects, qu'ils ont "chaussé les souliers de tous" et qu'ils ont choisi la perspective qui leur semble juste. »
Les rudiments de la poésie
Robert Heidbreder injecte du plaisir dans l'apprentissage de la langue pour ses élèves de 1re année, en composant un poème qui caractérise chacune des marionnettes qui se joignent à la classe, à la General Gordon Elementary School de Vancouver. Grâce au rythme et à la rime, les enfants apprennent à lire en récitant les poèmes des marionnettes, par exemple un poème d'Halloween composé pour une petite marionnette chauve-souris, où bat (chauve-souris) rime avec rat (rat) et cat (chat).
Non seulement ce poème est un outil parfait pour reconnaître des mots et apprendre les rudiments de l'orthographe mais il est aussi facile à mémoriser et amusant! Presque sans réaliser qu'ils sont en train d'apprendre, les enfants acquièrent de solides capacités de lecture et d'écriture à mesure qu'ils rencontrent chaque marionnette, suivent ses aventures et apprennent son poème.
Sous les feux de la rampe
« Allez, prenez un risque! », insiste Kim Lewis auprès de ses élèves de théâtre à la John McGregor Secondary School, à Chatham (Ontario). Cette enseignante mène tous ses élèves - qu'ils soient maladivement timides, confinés à un fauteuil roulant, aveugles ou simplement nerveux - vers la scène où ils donneront une prestation brillante, en toute confiance. à la fin de l'année scolaire, chaque élève a donné au moins une prestation publique, que ce soit dans une production théâtrale, au cours de la cérémonie du Jour du souvenir à l'école ou dans un des nombreux spectacles de Noël donnés dans la collectivité.
Ils ont peur. « Mais le risque est mon arme secrète, confie Mme Lewis. Non seulement la prise de risques et la réussite sont-elles des expériences vivifiantes et stimulantes, mais elles sont celles qui font grandir le plus les élèves. » Ceux-ci découvrent leur plein potentiel lorsqu'ils s'écartent de ce qui est familier et sûr pour eux, explique-t-elle, et lorsqu'ils regardent en arrière et voient ce qu'ils ont accompli en cherchant à ne pas se contenter du minimum. Elle a été témoin de découvertes remarquables et de prestations émouvantes dans les classes où les élèves ont appris à accepter les risques.
Le risque est ce qui motive les élèves et les amène à vouloir apprendre toute leur vie, conclut Mme Lewis. Une fois qu'un élève a appris qu'il vaut la peine de sortir de sa zone de confort, malgré les peurs que cela engendre, il est disposé et capable, à l'âge adulte, de poursuivre son chemin au-delà de son territoire familier et sûr.
L'apprentissage par les arts
En outre, l'étude des arts permet d'acquérir des compétences en résolution de problèmes, tellement valorisées dans le monde de l'éducation et du travail. L'exploration, la manipulation et l'évaluation des idées (autrement dit le fait de jouer avec celles-ci) fournissent un terreau favorable à la créativité et à l'imagination, renforcent les compétences en résolution de problèmes et, avant tout, rendent l'apprentissage amusant, poursuit Jack Trovato.
« Un grand nombre d'élèves à risque élevé n'ont jamais eu la permission ni l'occasion de jouer », ajoute Patti Sebestyen qui dirige le programme d'enseignement parallèle Opening Doors, à Saskatoon. « Ils ne voient pas la raison d'apprendre parce que ce n'est plus amusant du tout. » L'exploration des arts et le développement de la capacité de jouer permettent aux élèves de s'exprimer et leur donnent la créativité nécessaire pour envisager un avenir meilleur pour eux-mêmes, dit-elle.
« L'art et le jeu prennent du temps, fait remarquer Sherry Taylor, une enseignante de 5e année à la George H. Luck School d'Edmonton, et le temps alloué au jeu non structuré devient de plus en plus rare. » Ceci vient du fait que nous ne récompensons pas la prise de risques autant que la réussite, déclare Peter Gallant. L'art, le jeu, l'expression personnelle et l'exploration signifient tous qu'il faut prendre des risques et faire des erreurs. Le succès vient plus tard, parfois beaucoup plus tard.
Même s'il n'a pas de lien évident et immédiat avec d'autres disciplines plus axées sur le programme scolaire et les faits, cet apprentissage de la vérité par les arts et le jeu est capital dans l'éducation vue dans son ensemble; tous les enseignants insistent sur ce fait.
Les arts offrent aux élèves une profusion de perspectives à explorer, et leur permettent de développer leur pensée critique à mesure qu'ils examinent les vies, l'expérience et les opinions des personnages qu'ils rencontrent. Les arts font naître de l'empathie, de la compréhension et de la tolérance pour les croyances des autres, et aident chaque élève à aborder l'apprentissage avec un esprit ouvert. Ils encouragent la créativité, l'imagination et la prise de risques, toutes des compétences qui peuvent facilement s'appliquer à la résolution de problèmes dans d'autres disciplines.
« Les arts et le programme d'études ont les mêmes objectifs essentiels », conclut Karen Douziech. Les deux présentent la vérité.
Apprécier le théâtre
Certaines oeuvres littéraires n'ont pas besoin d'être interprétées par les élèves - elles sont déjà montées dans un théâtre local. Amener les élèves voir une pièce de théâtre apporte une autre dimension à la critique et à la compréhension d'une œuvre, déclare avec enthousiasme Karen Douziech, qui donne des cours d'anglais et de critique de théâtre à la McNally High School d'Edmonton.
Le cours de critique de Mme Douziech est né de sa participation au Edmonton Citadel Theatre Students' Club, explique-t-elle. Les élèves sont invités à une courte réception avec goûter - « La nourriture est un moyen infaillible d'attirer les adolescents! », dit-elle en riant - à une conférence donnée avant le spectacle par le personnel de Citadel à propos d'un aspect précis du théâtre et à une représentation théâtrale suivie d'une conférence avec les comédiens et le metteur en scène, à propos de leur interprétation de l'œuvre.
« J'ai dit aux élèves qu'il leur serait très utile de tenir un journal des pièces de théâtre qu'ils ont vues et de leurs réactions - tout comme un journal des romans qu'on a lus peut être un outil utile. » Certains des journaux des élèves représentaient en eux-mêmes un travail remarquable, dit-elle; on y trouvait des esquisses des décors et des costumes, et de longues descriptions de la mise en scène et de la prestation des comédiens.
Lorsque les élèves ont fait valoir que tout ce travail devrait leur mériter des crédits, Mme Douziech s'est dite d'accord et a abordé le conseil scolaire à propos de la création d'un cours de critique théâtrale. Les cours regroupent des élèves de 10e, 11e et 12e année et sont offerts à l'un des deux niveaux suivants : débutant ou intermédiaire (qui requiert plus de travail de la part des élèves). Chaque classe lit deux des six pièces au programme de la saison du Student Club, assiste aux représentations, tient un journal des pièces de théâtre et présente un exposé à la classe au sujet de l'une des pièces. Des membres du Citadel Theatre sont fréquemment invités en classe pour discuter d'un aspect précis du théâtre ou de la production théâtrale.
Malgré le succès du programme et les avantages nombreux et variés d'une éducation artistique, Mme Douziech craint que le cours de critique de théâtre ne survive pas à un changement annoncé au programme d'études secondaires de l'Alberta, qui pourrait faire en sorte que tous les crédits supplémentaires en anglais soient retirés.